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Alors que la twittosphère féministe bouillonnait en réaction à l’abrogation du délit de harcèlement sexuel, Pierre Salviac a cru opportun d’y publier ses « vannes » sexistes. Cela lui a valu d’etre viré de RTL au bout d’une heure ou deux, à la demande de ses « consoeurs » visées par l’insulte et également influentes sur Twitter.

Certains pensent qu’il s’agit surtout d’une autocensure courtisane de la part de RTL. Selon d’autres, cet épisode montre que le seuil de tolérance au sexisme est en baisse, c’est-à-dire que le sexisme est moins toléré qu’avant (même s’il n’est pas encore intolérable comme le racisme).

Quoiqu’il en soit, cette affaire crée un précédent. Avis aux machos !

Mais au fait, après les conseurs, qu’en disent les « confrères » de Salviac ?

Certains ont immédiatement condamné le tweet sans concession, tel Jacques Esnous, patron de l’information chez RTL :

Mais d’autres se sont montrés beaucoup plus réservés pour relater l’affaire. Ainsi, cet article du Sud Ouest, dont on ne sait à vrai dire qui l’a écrit, parle d’un tweet « d’une rare goujaterie« , tandis que celui-ci chez l’Express, écrit par un homme, décrit un tweet « d’un goût douteux« , « qu’on qualifiera de… malheureux« .

A chaque fois, le journaliste a éludé le simple adjectif qui s’imposait pourtant, « sexiste », et remplacé par des expressions alambiquées. La notion de goujaterie évacue complètement l’idée de sexisme universel, et minimise donc la portée de l’insulte. Quant aux points de suspension devant « … malheureux », ils montrent bien que le journaliste voulait écrire « sexiste », mais a préféré retenir le mot qu’il avait sur le bout de la langue. Pourquoi tant de pudeur ?

Sollicité sur twitter, le journaliste a expliqué que c’était « pour ne pas porter de jugement », par souci d’objectivité donc. Si « sexiste » n’est pas un qualificatif objectif, qu’est-il donc : idéologique, fantasmagorique ? J’ai du mal à croire qu’on puisse le penser.

Daniel Schneidermann enfin a voulu soutenir une posture bien particulière, peut-être pour montrer qu’il restera vigilant face au pouvoir. Sa sortie contre Valérie Trierweiler semblait déjà pré-rédigée, n’attendant que le premier incident pour être publiée. Schneidermann réussit en effet le tour de force de se servir de l’incident Salviac pour blâmer la nouvelle Première Dame, à l’instar du schéma classique de culpabilisation de la victime d’un acte sexiste : une radio a décidé de ne plus tolérer le sexisme ? Méfions-nous de la femme bafouée !

Pour info, Daniel, toutes les femmes étaient bafouées par ce tweet, pas seulement la compagne du nouveau Président. Ce tweet que tu as eu la mauvaise foi de ne pas reproduire nous renvoyait toutes à un statut intolérable d’objet sexuel, quelles que soient nos réussites dans la vie.

On appelle ça du sexisme, et pas de la « beaufitude ».

Beaufitude, beaufitude… Tiens, ce mot inventé rime avec « bravitude ». Une ritournelle vieille de cinq ans me revient en tête, moquant une femme ambitieuse qui fait un écart de langage, et qu’on décrète incompétente pour diriger la France.

Lorsqu’un chroniqueur célèbre fait un écart de langage similaire, dans le but d’escamoter le sexisme du débat, j’en conclus quoi ?