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Voici la traduction de ma lettre envoyée aux Ig Nobels le 17 octobre 2012, pour soumettre la nomination improbable d’un candidat à la prochaine cérémonie des Ig Nobels (lettre originale en anglais). Au cas où vous n’en avez jamais entendu parler, « Les prix Ig Nobel couronnent des prouesses qui font d’abord rire, avant de faire réfléchir. Ces prix ont pour but de rendre hommage à l’originalité et d’honorer l’imagination — ainsi que d’attiser l’intérêt des gens pour la science, la médecine et la technologie. »

Chère équipe de l’Ig Nobel,

J’ai l’immense plaisir de soumettre toute une clique de candidats dans la catégorie « Conservation de l’énergie et du pouvoir ».

Mes candidats sont les Comités du Prix Nobel pour leurs avancées inénarrables en matière de confiscation conservation de l’énergie et du pouvoir. 

La conservation de l’énergie et du pouvoir est un principe physico-culturel selon lequel, dans un système patriarcal, le pouvoir se conserve et se transmet invariablement entre organismes identiques (notamment de sexe masculin), sous l’action de plusieurs phénomènes, allant de la cooptation des pairs à une réaction immunologique de rejet des organismes étrangers ou parasitaires (notamment de sexe féminin).

Les honorables Comités du Prix Nobel ont indubitablement excellé dans cette discipline, ayant découvert et démontré que les femmes sont étrangères aux dynamiques d’excellence académique et intellectuelle. Lorsqu’elles évoluent dans le monde universitaire et intellectuel en effet, c’est généralement en tant que parasites se nourrissant des travaux des hommes.

Schéma illustratif des dynamiques en milieu académique de type patriarcal

Conséquence : les comités du Prix Nobel se voient obligés de distinguer en grande majorité des hommes, fautes de femmes ayant fait preuve d’un minimum d’autorité scientifique dans les domaines de la Physique, Chimie, Physiologie ou Médecine, Economie et bien-sûr, dans les mouvements pacifiques :

  • Les études et expériences scientifiques effectuées par des femmes, leurs capacités analytiques sont si limitées que depuis sa création, le Prix Nobel de Physique n’a pu récompenser que 2 femmes (pour 192 hommes).
  • Le Prix Nobel de Chimie a dû être remis à 159 hommes et seulement 4 femmes. Les ressources féminines sont si restreintes que pour la première femme, il fallu réutiliser celle qui avait déjà servi de première Lauréate du Prix Nobel de Physique 8 ans auparavant (Marie Curie). Nous pouvons même supputer une histoire de collusion familiale puisque sa fille, Irène Joliot-Curie, fut également distinguée plus tard par le même Nobel de Chimie.
  • Il fallu également remettre le Prix Nobel de Physiologie et de Médecine à 201 hommes et seulement 10 femmes, puisque les femmes sont plus connues pour leur empathie envers les malades que pour les compétences analytiques et intellectuelles requises pour la recherche biologique et la pratique médicale. C’est pourquoi le rôle de Rosalind Franklin a été occulté par le Prix Nobel lorsqu’il fut remis en 1962 à trois hommes pour leurs progrès en biologie moléculaire : Maurice Wilkins, le propre collègue de Franklin, ainsi que Francis Crick et James Watson, qui n’auraient pas réussi à identifier et démontrer la structure hélicoïdale de l’ADN sans les photographies prises par Rosalind Franklin.
  • Les flagrantes lacunes artistiques et intellectuelles des femmes expliquent également pourquoi le Prix Nobel de Littérature n’a pu récompenser que 12 auteures outre les 97 hommes distingués. Le Comité du Prix Nobel suppose probablement que les femmes obtiendront une juste reconnaissance littéraire lorsque les Ig Nobels créeront un Prix de Littérature à l’Eau de Rose.
  • Les femmes, créatures typiquement agressives et violentes, n’arrivent pas non plus à s’investir dans les mouvements non-violents. Pour 100 individus masculins récompensés par le Prix Nobel de la Paix, seules 15 femmes ont pu être distinguées (dont 3 qui ont dû se partager le prix l’an dernier, car les femmes ne réussissent rien individuellement, c’est bien connu).
  •  Et finalement, malgré de nombreux efforts pour soutenir économiquement le sexe faible, celui-ci a montré un total désintérêt pour l’économie. Le Prix Nobel fut donc forcé de récompenser 70 individus masculins. Il fallut attendre 2009 pour pouvoir enfin tomber sur une Lauréate convenable : Elinor Ostrom, seule Lauréate jusqu’à présent. Cette unique reconnaissance de la contribution des femmes à l’économie est néanmoins prometteuse : à ce rythme, sachant que le Prix de la Banque royale de Suède en sciences économiques en mémoire d’Alfred Nobel fut décerné pour la première fois en 1969, nous pouvons statistiquement espérer qu’une deuxième Lauréate sera distinguée en 2049 !

Ces chiffres sont plus parlants que tout long discours. Cette année encore, les comités du Prix Nobel, acculés par la médiocrité des femmes, ont dû attribuer tous leurs prix à des hommes. L’absence des femmes de la liste des Lauréats de 2012 peut initialement prêter à rire, mais finalement elle interpelle et fait réfléchir : en 2012, pourquoi les femmes s’obstinent-elles encore à échouer, malgré la diffusion des idéologies égalitaristes visant à promouvoir les droits et l’autonomisation des femmes ?

L’oxymore « éducation des filles » fait peut-être sourire les patriarches érudits, déjà conscients des déficiences intellectuelles, scientifiques et artistiques inhérentes à la nature féminine. Mais jusqu’à présent ils n’avaient pas réussi à les démontrer. C’est grâce à leur ténacité et leur vigilance improbables que les institutions du Prix Nobel ont pu démontrer la supériorité masculine, qui légitime finalement la confiscation du pouvoir par les hommes.

En conclusion, je souhaite revenir sur le cas de Rosalind Franklin,dont on sait aujourd’hui qu’aucun membre de la communauté scientifique ne l’a jamais jugée digne d’être nominée à un Prix Nobel. Le site du Prix Nobel explique que lui décerner un prix était impossible en 1962, car les prix à titre posthume sont interdits (elle eut le bon goût de décéder en 1958). Quiconque a écrit cette justification a visiblement oublié que cette règle fut formalisée en 1974, et qu’en 1961, un prix Nobel de la Paix fut décerné à titre posthume à Dag Hammarskjöld (qui avait le bon goût d’être un homme), soit un an seulement avant l’attribution du Prix Nobel aux pairs de Rosalind Franklin.

Quelques mauvaises langues ont donc suggéré que cette justification réglementaire de la non-attribution du prix à Franklin manque singulièrement de cohérence historique et scientifique.  Je préfère croire que le Prix Nobel a agi de bonne foi : si le rôle crucial de Franklin a été occulté, c’est probablement parce que son travail ne méritait pas de reconnaissance, tout simplement. Nous pouvons donc scientifiquement et logiquement en déduire que son rôle a été enjolivé au fil des ans par des féministes hystériques.

Les Comités du Prix Nobel sont donc indubitablement fondés à minimiser les réussites des femmes, conformément aux stéréotypes patriarcaux qui structurent toujours notre société moderne, valorisant l’autorité masculine tout en décourageant le développement d’un leadership féminin.

La sélection des Lauréats aux Ig Nobels semble étonnamment plus équilibrée en terme de représentation des femmes. Je souhaite ardemment que votre prochain palmarès sera plus patriarcal !

Bien cordialement,

Diké

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Post-Scriptum :

L’illustration du Penseur a été créée à partir de cette photo du Penseur de Rodin, homme musclé et energique, et de la Penseuse à partir de cette photo. Notez que la penseuse semble nettement plus indolente et douce que le penseur… Est-ce étonnant ?