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Dodo La Saumure proxénète

Dodo la Saumure : « J’ai toujours eu un p’tit succès féminin »

Cher Frédéric Taddéï,

En flânant sur YouTube, j’ai failli m’étrangler en découvrant votre odieuse interview de Dodo La Saumure. Cet entre soi viril et cette complicité masculine m’étaient intolérables. Dans le milieu « professionnel » du proxénétisme, qui vous fascine visiblement, il existe en effet une discrimination féroce contre les femmes.

Je la subis au quotidien car je suis moi-même une proxénète depuis des années. Mais contrairement à Dodo le Saumâtre, je n’arrive pas à percer dans ce milieu si machiste.

Après avoir si complaisamment donné la parole à Dodo, je vous propose de m’interviewer sur votre plateau afin d’équilibrer un peu la représentation des sexes à la télé.

Ne vous inquiétez pas, je saurai contrôler mes hormones féminines et je ne compte pas pleurnicher sur mon sort de femme discriminée. J’adopterai au contraire un discours très factuel pour vous expliquer ce qu’est le business model du proxénétisme. Je compenserai l’absence de bagou phallique par la rigueur de mon expertise économique.

Comme le disait Dodo à la fin de son interview, la prostitution c’est « un raisonnement économique », dont il veut expliquer les contraintes aux apprenties-prostituées. Il aurait même proposé au Sénat belge de donner ce rôle pédagogique à la police, proposition absurde car un policier n’a pas les compétences et connaissances économiques nécessaires.

Dodo la Saumure proxénète

Il comprend et fait rêver ses sardines

Mon approche du « métier » est très différente de celle de mon concurrent confrère Dodo, qui se présente comme un « soutien moral », un « alter ego » qui peut « aider », « comprendre » et même « faire rêver » les prostituées, qu’il appelle les « filles » par pseudo-paternalisme.

Il veut être appelé soutireur souteneur plutôt que proxénète, taulier de « maisons de plaisir » plutôt que de « maisons closes ».

Dodo Le Saumâtre prétend en effet présenter la prostitution sous un aspect enchanteur et même nostalgique, avec des références historiques probablement pompées sur Wikipedia.

Mais je vous parlerai en femme d’affaires efficace, qui maîtrise bien tous les rouages de ce secteur en pleine expansion. Je préfère d’ailleurs être appelée « entrepreneuse prostitutionnelle », car « entrepreneuse », c’est à la mode et ça reflète bien mon objectif : prouver que le proxénétisme est un business rentable qui pourrait largement contribuer au redressement de la croissance.

Le business-model du proxénétisme est sans faille et bien conçu. Il présente d’immenses opportunités :

Les coûts de production sont négligeables : contrairement à d’autres trafics (drogues et armes notamment), le trafic d’êtres humains ne nécessite pas d’investir dans la production de la marchandise : celle-ci ne se fabrique pas, elle est disponible de manière presque illimitée dans la nature. D’après l’ONU, les femmes constituent 70% des personnes vivant sous le seuil d’extrême pauvreté, soit un vivier de 910 millions de femmes très pauvres, sans compter les pauvres relativement à leur pays et les précaires… Mieux encore, la marchandise se reproduit !

– Seuls comptent donc les coûts du transport et du stockage de la marchandise. Or, avec un peu de psychologie et de contrainte créativité, il est facile de faire payer les coûts du transport par la marchandise elle-même. Les coûts élevés de l’immigration clandestine sont ainsi pris en charge par les futures prostituées elles-mêmes.

Seuls les coûts du stockage sont élevés, en raison de la dispersion des stocks. C’est là que le bât blesse : tant que les maisons closes seront interdites, il faudra répartir les prostituées dans des résidences plus ou moins individuelles, payer les loyers afférents, et les faire travailler chez d’autres, ce qui implique de partager les profits (avec les hôteliers, les tenanciers de bars, etc).

La légalisation des maisons closes permettrait de concentrer les stocks de prostituées dans moins d’espace, et donc engendrerait des économies d’échelles fabuleuses. De plus elle permettrait de faire vivre les prostituées sur leur lieu de travail, et ainsi, de les faire travailler en flux tendu (méthode idéale pour adapter l’offre à la demande).

la mise en boîte des sardines permet des économies d'espace de stockage

la mise en boîte des sardines optimise l’espace de stockage

Cher Frédéric Taddéï, je souhaite donc vous rencontrer pour vous présenter toutes les ficelles du proxénétisme sous son aspect économique, et vous expliquer les raisons de mon militantisme pro-légalisation au nom de la liberté d’entreprise.

Malgré ses avantages et ses perspectives de juteux profits, le proxénétisme est un métier difficile : la traite des femmes est un métier audacieux qui nécessite d’excellentes compétences logistiques et manipulatrices, dans un cadre très concurrentiel.

La concurrence entre proxénètes est féroce en effet dans ce secteur où le client est roi. J’avoue qu’une interview sur votre plateau me donnerait un petit coup de pub bien utile en ces temps d’austérité, tout en vous permettant, peut-être, d’améliorer votre image auprès des féministes déplorant la sous-représentation des femmes dans les médias.

Après l’interview de Dodo La Saumure, le proxénète défenseur de DSK, je vous suggère l’interview de Dodue La Morue, la proxénète féministe ! C’est pas accrocheur ça aussi ?

Je vous prie d’agréer, Cher Fred, l’expression de mes sentiments dévoués à la cause patriarcale et pas du tout ironiques, et vous prie de les transmettre à vos confrères et collègues de France Télévisions, du CSA et du Ministère de la Culture et de la Communication.

Dodue La Morue, entrepreneuse en prostitution

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PS : J’ai trouvé votre adresse ici

Dodue la Morue - entrepreneuse

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