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Il y a quelques jours, je me suis indignée, comme tant d’autres femmes avant moi, de ce qu’un site commercial et ses partenaires puissent  s’enrichir en faisant l’apologie du viol, sans être inquiétés. Tant que nos échanges avec l’auteur de l’article étaient restés confidentiels et polis, notre indignation avait été méprisée par le site.

Lorsque mon indignation s’est faite moins discrète et plus insolente, j’ai eu le droit à une réaction immédiate. Sept pages d’injures misogynes, pas moins, où deux des trois personnes interpelées se proposaient également de « d’élargir l’étroitesse de [mon]… esprit » (c’est à dire de mon vagin, puisqu’il s’agissait d’un sextoy). Un jeu de maux révélateur de l’état d’esprit de ces personnes en matière de respect de l’intégrité des femmes.

L’un d’entre eux a fini par gazouiller de vagues excuses, juste après avoir essayé de me manipuler en message privé, pour sonder à quel point ses menaces de poursuites avaient pu m’intimider (ou pas).

Le plus frappant dans cette lettre injurieuse reste néanmoins la manière dont les auteurs se sont particulièrement mis en avant, voire mis en scène. JB, l’auteur de l’article faisant l’apologie du viol, m’apprenait ainsi ses nom et prénom, et exhibait son parcours professionnel, sous son portrait souriant et presque sympathique.

Sur Internet en effet, les violeurs peuvent se vanter de leurs crimes sans être poursuivis.

Et ceux qui les encouragent se sentent autorisés à s’exhiber fièrement, même si l’apologie du viol constitue un délit.

Mais lorsque NOUS dénonçons le viol et l’apologie du viol sur Internet, nous sommes obligées de le faire anonymement.

Notre parole est muselée par la tolérance dont bénéficient les hommes violents sur Internet. Elle leur permet de confisquer les espaces d’expression publique pour étouffer notre voix. De nous humilier et de nous intimider pour nous réduire au silence. De diffuser des mythes sur le viol pour nous décrédibiliser avant même que nous racontions la vérité. De rire de la violence misogyne pour faire croire que celle-ci est socialement acceptable, garantissant ainsi sa perpétuation.

Conséquence de cette propagande, la dénonciation de la violence misogyne dérange plus que la violence elle-même.

Et VOUS, qui voulez-vous entendre sur Internet : la parole des violeurs (et de leurs complices), ou celle des survivantes de la violence ?

Vous ne pouvez pas rester neutre. Si vous ne vous prononcez pas contre les propos sexistes, vous nous condamnez au silence. Défendre la liberté d’expression des violeurs, c’est abolir la nôtre.

Outre la lettre d’injure, j’ai reçu d’autres réactions spontanées à mon article, en commentaires ou en message privé. Vous ne les avez probablement pas lues.

Les voici, pour que vous nous entendiez, pour une fois :

J’ai enfin compris les pratiques d’agressions sexuelles/viol conjugual que m’imposait mon ex-petit-ami. J’ai porté plainte contre lui pour viol, mais classé sans suite bien sûr , raison : il n’a pas reconnu « n’avoir pas respecté mon consentement. » J’ai l’impression que le discours proféré sur ce site n’est que le discours sous-jacent de toute une société. Au moins , on l’a là en clair et net. Franc, oserais-je dire ?

Je vais leur pourrir leur twitter , et signaler dès que j’peux, merci pour ces articles.

Je suis tout à fait d’accord avec toi.
Merci de leur avoir envoyé ça.
Il m’est arrivé aussi d’être violée dans le cadre de mon couple, c’est à le légitimation de ce genre d’acte que renvoie cet article effectivement.

c’est important qu’ils sachent que nous sommes nombreuses, et je suis à 100% en accord avec Diké et vous. Je sais aussi ce que c’est que d’avoir été « baisée » comme ils le préconisent sur ce site, et je pense que je mettrai une grande partie de ma vie à m’en remettre😥

J’ai subi un viol conjugal aussi et malgré l’absence de violence physique, c’était très déshumanisant, pour moi (objet) comme pour lui (monstre). Il ne veut pas admettre que c’était un viol, mais je pense qu’il a finit par comprendre (trop tard).

Merci pour vos messages et vos témoignages qui me touchent beaucoup. Je crois que nous sommes nombreuses, très nombreuses, trop nombreuses, beaucoup plus nombreuses que ce qu’on oserait croire à être dans le même cas.
J’en ai déjà parlé avec d’autres femmes françaises à qui c’est arrivé et nous avons été abasourdie de voir à quel point nos vécus étaient concordants, et parmi ces concordances figurait l’absence totale de remise en question et d’empathie du partenaire.
Nos cas ne sont pas du tout « isolés ». Comme le prouve la bêtise conjuguée de Messieurs Chombeau et Marsille, qui étalent leur arrogance et défendent leur grossièreté et leur irrespect envers les femmes comme des droits inaliénables, il ne s’agit pas de cas cliniquement pathologiques sur lesquels nous avons eu le malheur de tomber par hasard. Je me rends compte de plus en plus à quel point ce mode ignoble de pensée est la conséquence directe de la manière dont on éduque traditionnellement les garçons dans notre société.
Et le résultat final, c’est nous, qui nous nous retrouvons là et qui osons enfin en parler, en osant à peine poser le vrai mot dessus (« viol », oui, « viol »), et à presque nous excuser d’être des humains, et donc des êtres qui mettent du temps à guérir des traumatismes infligés.
Moi aussi, je vais mettre très longtemps à m’en remettre complètement.

Je vous embrasse toutes les deux, ainsi que toutes les concernées, et je vous souhaite un avenir plein de joie et d’amour,

Aurore

J’ai été victime de viol par le passé, je pensais l’avoir digéré et dépassé, mais en lisant pour la première fois en 2012 les « conseils pour baiser » de ce « Kamal », j’ai juste eu envie de pleurer et de hurler. Une période de flash-backs terribles ensuite. Quand il y a quelque jours, en 2013 donc, j’ai vu resurgir cette page que j’espérais voir disparaître… la tristesse et la colère… En tant que victime, c’est comme si je pouvais être à nouveau violée impunément sans cesse par ces individus. Depuis, les cauchemars sont revenus, et je ne comprends pas que la LOI n’intervienne pas pour interdire ces incitations à la violence contre les femmes, ces modes d’emplois pour violeur.

Toujours est-il que j’ai vécu, de l’autre côté de la barrière, la « bonne baise » selon ces messieurs « les séducteurs ». Non ça n’a pas été une bonne expérience. Je ne me suis jamais sentie aussi humiliée et honteuse. Mais Kamal ou J-B vont sans doute me dire que je devais savoir à quoi m’attendre, n’est-ce-pas ?

[…]

J’ajouterais aussi que ces sites de rencontre pourris font bien en sorte que nous les femmes, soyons traitées de la sorte. En effet, les hommes doivent payer, alors que c’est gratuit pour les femmes. Les hommes en veulent donc pour leur « dû ». Ils payent, ils exigent d’en avoir ce pour quoi ils ont payé : l’accès aux femmes, qui représentent la marchandise.

Ce témoignage est développé ici : J’ai subi la « bonne baise» (viol) selon SeductionByKamal.

Si tu veux publier un témoignage sur cette page, n’hésite pas à le faire dans les commentaires ou par ici.

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Cette page est destinée à libérer la parole des femmes qui n’osent pas ou ne peuvent pas s’exprimer habituellement sur les violences qu’elles subissent. Seuls les témoignages et les messages bienveillants seront publiés : les commentaires qui défendent la propagande du viol tout en se permettant de juger les femmes violées ne seront PAS publiés (Pourquoi ? relisez le billet). 

Pour débattre au sujet de la liberté d’expression de manière respectueuse, n’hésitez pas à commenter d’autres billets liés, notamment celui-ci.