Aux grands hommes, la patrie oublieuse

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Ce week-end a eu lieu une manifestation de grande ampleur pour les droits de l’homme. Une foule particulièrement nombreuse (plusieurs centaines de participants selon les organisateurs, 3 individus selon la police) s’était rassemblée sur le parvis du Panthéon.

Croyant à une manifestation pour les droits humains, notre journaliste s’était rendue sur les lieux, au cœur du 5ème arrondissement de Paris. Sur place, elle a découvert qu’il s’agissait de défendre les privilèges masculins.

Les manifestants ont dénoncé la domination des femmes dans les espaces publics et dans les lieux de pouvoir et de savoir. Les conséquences sociétales du « grand complot féministe » seraient dramatiques, voire apocalyptiques. Mais personne n’ose briser l’omerta qui règne, à les entendre.

Un premier manifestant s’approche. Il dit agir en réaction à la trop forte mobilisation des femmes contre le harcèlement de rue, ces derniers mois. Très vindicatif, le vieillard se présente même comme une victime chronique de « harcèlement visuel » perpétré par les passantes. « Nous les hommes sommes perdants à tous les coups que nous tentons. Taciturnes, les passantes nous envoient un message de dédain particulièrement humiliant. Souriantes, elles nous provoquent par des promesses implicites qu’elles ne tiennent pas ensuite. […] Surtout en ce mois à Paris, je me sens terriblement harcelé par ce que je vois dans les rues, les robes courtes, tout ce qui circule dans ces rues… ».

Après avoir consulté d’éminents spécialistes de la question, il a élaboré un véritable « code de la route » contre le harcèlement de rue, destiné aux femmes. Extrait :

  • le port de jupes et shorts est toléré pour les femmes épilées, encouragé pour les femmes épilées et sexy.
  • les tenues légères sont interdites pour les femmes non conformes aux standards de beauté en vigueur.
  • le port d’une alliance est obligatoire pour toute femme en couple avec un homme.
  • le port d’une alliance est toléré pour les femmes célibataires qui ne savent pas apprécier les galants.
  • obligation d’ignorer les séducteurs si l’on porte une alliance. Toute entorse pourra immédiatement être notifiée à votre conjoint, avec inscription au fichier STIC de la police en cas de récidive.
  • obligation de répondre poliment aux séducteurs si l’on ne porte pas d’alliance.
  • ne pas se faire violer.

En somme, de simples règles de bonne conduite, faciles à appliquer, qui permettraient d’éviter toute ambigüité dans les relations hommes-femmes en public, et toutes les frustrations et agressions qui en découlent. D’après lui, les féministes ont tout faux lorsqu’elles imputent ces problèmes au comportement prédateur de certains hommes, et au laisser-faire bienveillant de la société. Le féminisme ne ferait qu’aviver la « guerre des sexes ».

« De quoi se plaignent-elles ? Il s’agit de mal baisées, qui nous reprochent leur condition de mal baisées. Pourtant, ce n’est pas faute d’avoir essayé, mais on n’a plus le droit de rien faire aujourd’hui : ni les violer, ni les choper, ni bientôt leur acheter du sexe. C’est contraire à tous les principes de libre-échange de notre belle Europe. Et c’est une régression par rapport aux coutumes libertines qui ont permis le rayonnement de la France. Nous sommes inquiets pour notre ego et nous exigeons une réaction du gouvernement. »

Il ajoute d’une voix qu’il veut suave : « appelez-moi Alain-Gérard si vous voulez. En tout cas appelez-moi à ce numéro, et sachez que dans les milieux bien informés, on m’appelle « le primate de la liberté » »…

Antoine, un peu guindé, témoigne à son tour :

« Les femmes gagnent du terrain, il est difficile d’échapper à leur réalité. Regardez ! Nous sommes en face de la BSG. Quand j’étudiais à l’Ecole Polytechnique, juste à côté, j’ai appris avec délices que cette bibliothèque était un haut lieu de drague étudiante. Mais lorsque je me suis pointé pour la première fois, j’ai découvert que BSG était l’acronyme de Bibliothèque Sainte-Geneviève. Je me suis senti tout émasculé et je n’ai pas pu séduire une seule étudiante ! Comment imaginer qu’un lieu de savoir universitaire pouvait porter le nom d’une femme ??? Quelle violence pour le pauvre étudiant que j’étais à l’époque ! »

« Et que dire du Panthéon, où deux femmes ont fait leur entrée cette année ? J’ai oublié leurs noms mais je suis totalement opposé à cet entrisme ! La féminisation du Panthéon va provoquer le déclassement de ce symbole républicain. »

L’ancien étudiant déclare être professeur au Collège de France, autre institution du voisinage. Très sombre, il nous fait part de ses inquiétudes professionnelles : « Les métiers de l’enseignement étaient des métiers de promotion sociale. Ils ont cessé de jouer ce rôle. La féminisation massive de ce métier a achevé de le déclasser… »

Antoine Compagnon et le drame du professeur émérite

Le drame de l’homme moderne

La voix brouillée, Antoine se détourne pudiquement pour sécher une larme.

C’est alors qu’apparaît un homme hirsute, qui vient de passer trois nuits en haut d’une grue. Visiblement, il vient juste d’en descendre et n’a pas eu le temps de se laver. Malgré l’odeur, nous avons dû l’interviewer afin d’écourter ses gesticulations pour attirer notre attention. Il se présente comme le porte-parole de l’association SVP Pater Familias, bien connue pour son combat engagé en faveur des pères violents qui ne tolèrent pas le départ de leurs ex-conjointes. Il tient à garder l’anonymat car il est actuellement poursuivi pour « soustraction d’enfant par ascendant et complicité de violences ». Nous l’appellerons donc le « père perché ».

Interrogé sur les raisons de sa colère contre les femmes, il s’étouffe : « Je ne suis pas en colère ! J’aime les femmes ! Je suis féministe ! Mais objectivement, ces putains de connasses se servent de notre patrimoine génétique hors norme pour faire des bébés, puis réclament des pensions alimentaires quand elles nous fuient larguent. Heureusement qu’il existe des méthodes pour se faire rémunérer tout étant insolvable, sinon nous serions obligés de payer ! »

Gestion du patrimoine en bon père de famille

Gestion du patrimoine en bon père de famille / via Twitter – @patricjean

Joint au téléphone, le président de l’association SVP Paterfamilias s’est désolidarisé du Perché : « Nous soutenons son action mais condamnons ses propos. Les femmes sont effectivement des putains de connasses, mais il ne faut pas le dire comme ça. »

Un quart d’heure après le début de la manifestation, les manifestants se concertent. Épuisés, ils sont plutôt satisfaits de leur opération : malgré les risques terribles qu’ils ont pris dans ce quartier hostile, ils n’ont pas été attaqués. Ils regrettent même de n’avoir pas été un peu houspillés ou moqués en notre présence, pour renforcer leur crédibilité de victimes.

La tête haute, ils nous donnent rendez-vous au Palais du Luxembourg pour leur prochaine action, déjà planifiée à l’aide de leurs relations au Sénat. « Ce sera totalement improvisé et spontané », assurent-ils pourtant.

Puis ils se dirigent vers le bar à bières voisin, où un match de foot va bientôt être diffusé. Il est grand temps de passer aux choses sérieuses.

Manu doit les rejoindre dès qu’il sortira de son cabinet.

Même sur le fronton du Panthéon, les grands hommes sont dominés par une femme ! Complot !

Même sur le fronton du Panthéon, les grands hommes sont dominés par une femme ! Complot !   (photo via Wikipedia)

Une soirée qui tourne bizarrement

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Saisir les maillets et les marteaux. Marcher en silence. Serrer les dents. Converger vers la Cour. Faire sauter les verrous. Enfoncer les portes. Grimper les marches. Lever les poings. Crier.

Le temps s’arrête. Une seconde de répit.

Puis le mouvement reprend. Le cri de rage devient un cri de ralliement. Raz de marée humain. Une déferlante de femmes unies par la colère.

Les maillets s’activent. Détruire les murs, brique après brique. Brûler les livres, page après page. Déchirer ces lois inutiles et hypocrites, ce code négligent ou négligé, ces procédures sidérantes et orwelliennes.
Disloquer les bancs du prétoire.

Démanteler ce simulacre de tribunal qui bafoue la justice. Qui maquille les crimes en simples délits. Qui relaxe les violeurs, et achève les survivantes.

Et se réveiller.

En guise de tsunami féministe, il n’y a que quelques larmes de rage impuissante sur ma joue.

RIP. Rape In Peace. Violez en paix.

Et les violeurs continueront à violer et à raconter leurs forfaits en toute impunité au tribunal.

Et les magistrats continueront à ménager les violeurs. Et comme si cela ne suffisait pas, à les libérer de leurs prétendus remords. Il faut bien se regarder en face sans frémir quand on se rase. Le risque d’égratignure durant le rasage est un problème de santé non négligeable.

Et les journalistes continueront à propager la subjectivité des agresseurs. A les dépeindre en victimes de leurs prétendues pulsions ou misère sexuelles, inconscients de leurs responsabilités. Voire en victimes de la vraie victime, sans qui rien ne serait arrivé, après tout.

Scribouillards de Sud Ouest, parlez bien de « tournante », pour attirer les voyeurs. Il n’y a pas que la victime qui a tourné, d’ailleurs. La soirée aussi a tourné, selon vos propres mots. Une « soirée qui tourne bizarrement » : bel euphémisme pour minimiser la réalité sordide d’une série de viols en réunion perpétrés ce soir-là à Chalais.

« Une soirée qui tourne bizarrement » : 5 hommes réunis pour violer une jeune femme seule, isolée, inapte à consentir, du fait de son handicap notoire et à force d’alcool ingurgité sous la pression du petit ami.

Mais le Tribunal de grande instance d’Angoulême a tranché : ce n’est pas un crime prémédité, c’est un délit impulsif. Du moins c’était un délit jusqu’à la relaxe. Ce n’est plus rien aujourd’hui, qu’une soirée qui a tourné bizarrement.

Le petit ami avait bien le droit, semble-t-il, de disposer de sa « copine » comme de sa chose, et de « l’offrir » à ses potes pour se « débarrasser » d’elle.

Une jeune femme probablement déjà habituée (dressée ?) à subir des violences sexuelles de la part de ce si petit ami.

La soirée peut tourner en boucle dans l’esprit de cette femme.

Qui se soucie de son point de vue à elle, de son non consentement, de ses droits, de sa santé, de son histoire, de son avenir ?

Le parquet a 10 jours pour faire appel.

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À lire aussi en réaction à la même affaire:

– quand le viol n’est plus défini par le critère objectif et légal de l’absence de consentement, mais par le ressenti des agresseurs, leur prétendu manque de « conscience de l’absence de consentement », alors le tribunal n’est qu’une cruelle mise en scène, une mise en abyme du viol.

analyse juridique d’Azur Schmitt sur la correctionnalisation du viol : explications utiles à l’intention des journalistes visiblement mal informés.
Version plus sévère ici : Du cache-crime à la relaxe VS de l’inconscience des politiques à l’inconscience des juges

– pétition : appel à la mobilisation : le message est clair – « Messieurs, vous pouvez violer en paix » !

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Et toujours, à lire et relire, à diffuser et à rediffuser :

la campagne STOP AU DÉNI « a pour objectif de dénoncer une culture du viol construite sur des stéréotypes sexistes dans un contexte d’inégalité de pouvoir entre les hommes et les femmes, et de sensibiliser le grand public au déni, à la culpabilisation et à la maltraitance auxquels se heurtent les victimes de viol, souvent laissées pour compte et abandonnées.
Alors que les viols sont des crimes et des atteintes très graves aux personnes, ils sont l’objet d’une tolérance, d’une loi du silence et d’un déni scandaleux, et les violeurs bénéficient d’une impunité quasi systématique. »
Avec différentes pétitions destinées à sensibiliser les policiers, les magistrats et les élus sur les maltraitances institutionnelles infligées aux victimes.

– manifeste Pas de justice, pas de paix ! « Nous demandons l’ouverture d’une vaste réflexion sur le fonctionnement de notre système judiciaire pour qu’il commence, enfin, à tous les niveaux, à abandonner ses réflexes patriarcaux, et à envisager tous les moyens nécessaires pour protéger les victimes de violences sexuelles, enfants, femmes et hommes qui subissent l’enfer au quotidien.
Nous exigeons que les choses changent, pour l’avenir de notre société ! »

Viol Femmes Informations – ce que dit la loi sur le site du Collectif Féministe Contre le Viol

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Et enfin, pour ceux qui prétendent encore que le consentement est une notion floue, qu’il existe une zone grise où vous pouvez violer à votre insu (sic), retroussez-vos manches, renoncez à vos sarcasmes narcissiques, et APPRENEZ À NE PAS VIOLER. Ici, maintenant.

Envoyons 15 000 messages à Eric Raoult

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Dieu sait qu’Eric a tenté de lutter contre les violences infligées aux hommes par les femmes, ces pécheresses.

Dès 2006, il osait s’attaquer à une catégorie de femmes réputées invulnérables : les adolescentes victimes de viols collectifs. Il dénonçait courageusement la culpabilité des victimes : « Les viols et les tournantes ne se passent pas par moins 30° mais surtout quand il fait chaud et quand un certain nombre de petites jeunes filles ont pu laisser croire des choses. ».

La même année, Eric Raoult était le premier signataire d’une proposition de loi visant à instaurer le port d’un uniforme à l’école. Premier motif exposé, avant même celui de l’égalitarisme : garantir « une allure décente à tous les élèves » et éviter le harcèlement dont sont victimes « certaines jeunes filles lorsqu’elles sont vêtues de manière provocante« . Quand le législateur utilise les arguments de la culture du viol… Notons que les signataires étaient 57 hommes parmi les 59, Eric Raoult est loin d’être un cas exceptionnel.

Ensuite, il a largement contribué à pénaliser les femmes qui ne s’exhibent pas assez à son goût, et échappent donc à son contrôle lubrique. En 2010, alors député, il était rapporteur de la mission d’information parlementaire sur le voile intégral (qui finit par être interdit dans l’espace public et les services publics).

Effet pervers, de nombreuses femmes non concernées par cette loi en conclurent sottement qu’elles étaient libres de s’habiller comme elles le souhaitaient, et de contrôler leur apparence physique.

Commence un long calvaire pour le pauvre Eric Raoult, piégé par l’apparence physique des femmes, dont le spectacle l’oppresse au quotidien. Elles osent ne pas se cacher ! « Elle n’hésitait pas à montrer son corps. Moi, je suis suspecté d’harceler. Mais on ne soupçonne pas une fille d’aguicher » dira-t-il.

Eric Raoult programme politique détruire les femmes qui lui résistent

Programme politique : détruire les femmes qui résistent à mes abus

Côté conjugal, Eric Raoult est tranquille. Malgré l’adoption d’une loi sur les violences conjugales (toujours en 2010, durant son mandat de député), l’impunité et le déni des violences conjugales restent de mise. Lorsque son ex-conjointe le poursuit pour violences conjugales commises entre 2011 et 2012, c’est grâce à un argument imparable qu’il est relaxé de justesse (à défaut de justice) : « Dire à son épouse, qui a 15 ans de moins que vous, ‘tu t’habilles comme une salope’, ce n’est pas une violence conjugale ». Un slogan engagé qui va sans nul doute saper les fondements de la dictature féministe. Mais qui ne suffira pas, camarade masculiniste !

Côté professionnel en effet, le combat contre les femmes s’annonce plus difficile. Une ancienne collaboratrice, licenciée sur une fausse allégation de vol, le poursuit pour harcèlement moral et sexuel. Les faits remontent à la même époque que ceux de violence conjugale (2011-2012 donc). Coïncidence ou conspiration ? Eric dénonce la « chasse à l’homme », le complot féministe qui se trâme contre lui depuis plusieurs années, véritable menace pour notre démocratie phallocrate.

Autre conséquence de cette conspiration féministe : la défaite d’Eric Raoult aux élections législatives de 2012. Obsédé par la physionomie de son adjointe, trop occupé à son « moment de faiblesse » (il lui envoie 55 SMS par jour pendant 9 mois), comment Éric Raoult pouvait-il mener ses fonctions de député-maire cumulard et sa campagne électorale ? Celle-ci était vouée à l’échec.

Après le « coup de cœur » (ainsi qu’on définit le harcèlement sexuel et moral du point de vue d’Eric Raoult), voici le coup dur : sa victime a eu l’outrecuidance de faire appel à une avocate (oui, encore une femme) et de faire compiler quelques centaines des SMS par un huissier de justice.

Ses SMS lui vaudront sûrement un prix de poésie lyrique, et peut-être une nouvelle défaite électorale dans quelques jours. Car oui, Éric Raoult est candidat à sa réélection à la Mairie du Raincy. Depuis qu’il a subi un AVC, il justifie régulièrement ses violences misogynes par sa santé déclinante. Mais sa santé comme ses dérapages ne semblent pas remettre en cause sa carrière politique. Quand on est un homme en effet, nul besoin de justifier de ses capacités ni d’un parcours exemplaire pour « réussir » en politique.

Seul problème récurrent lors des élections : les femmes votent aussi.

Et entre deux campagnes électorales, elles le harcèlent. En permanence. A la maison. Au travail. Au tribunal. Dans la presse. C’est le « backlash », le retour de bâton que lui infligent les femmes trop conscientes de leurs droits, les impudentes.

J’ai eu un coup de cœur haut-le-cœur en lisant ses propos vicieux, mais tristement banals, typiques de la culture du viol et de la violence masculine : culpabiliser les victimes, exonérer les agresseurs.

Et moi aussi, j’ai craqué. J’ai eu mon moment de faiblesse. Provoquée, piégée par cet homme de pouvoir, maire, député, ministre, chevalier de la Légion d’Honneur (encore un), qui dénature l’engagement politique, avec la bénédiction de nos institutions républicaines.

Alors je vais lui envoyer des SMS du même acabit. Ou plutôt des mails, puisque je n’ai pas son numéro. Je lui enverrais bien 15 000 courriels, mais il lui serait trop facile de bloquer mon adresse électronique.

Mais à l’occasion, si tu as 5 minutes à perdre, tu peux aussi lui écrire. Si on était 15 000 à lui écrire ce qu’on en pense….

Il apprendrait que NON, nous ne tolérons pas les violences sexistes. Nous exigeons qu’elles ne soient plus tolérées et encouragées.

Alors, amies féministes, écrivez-lui aussi à l’adresse ericraoult2007@yahoo.fr

Ou sur son compte Twitter, inactif néanmoins depuis sa défaite aux législatives : @EricRaoult. Ou encore cette modeste page Facebook qui lui est dédiée.

Quelques idées de messages à envoyer (par SMS, tweet ou en objet du mail), directement inspirés de son lyrisme cellulaire :

  • « Je veux vivre loin de vous ET avoir un enfant sans vous ! ! ! »
  • « Je veux vivre sans vous ni vos semblables. Vous êtes trop hideux et toxique. »
  • « Une heure avec vous, je suffoquerais »
  • « Et vous serrer les c… avec ma pince ! »
  • « Vos desseins sont notés triple S dans les docs du huissier de justice (Sordides, Sournois, Sadiques) »
  • «… On ne vous a pas du premier coup : bien joué la relaxe lors du procès pour violence conjugale »
  • « Toutes les meufs vous méprisent »
  • « Vous êtes très mal barré. Avec vos SMS, vous voyez les têtes se détourner à votre vue »
  • « énième douche glacée, ce nouveau scandale de harcèlement moral et sexuel ! Je vais demander à Valls de mettre vos proches sous protection policière ! »
  • « Repoussant ! Puant ! BON À RIEN ! »
  • « Vous êtes trop faible pour prendre des responsabilités ? Cela ne vous met pas au-dessus de la loi »
  • « Raoult, AU TROU ! »
  • « Eric, le roi des sadiques »
  • « Maire de Raincy ou merdeux rassis ? »
  • « Démocratie ou des mots crasseux ? »

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Edit : des masculinistes militants de la « cause paternelle » (= cause des pères violents qui veulent garder leur ex-conjointe sous leur contrôle) commencent à troller sur Twitter. Que les masculinistes se sentent visés par ce billet montre qu’ils emploient les mêmes tactiques manipulatrices que la défense d’Eric Raoult : inversion des rapports de violence, victimisation des agresseur, culpabilisation des victimes, etc. Les mêmes mécanismes d’oppression sont à l’oeuvre.

Trolls masculinistes, tout comme Eric, je suis aussi poète à mes heures perdues, et je vous avais déjà dédié cette complainte lyrique.

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Accusé de harcèlement sexuel, Eric Raoult cherche à diluer les responsabilités. Et ce n’est pas la première fois.

Deux vêtements, deux mesures pour Eric Raoult.

Eric Raoult accusé de harcèlement sexuel: il tente de culpabiliser, discréditer et affaiblir la victime qui lui a résisté

– l’affaire Raoult récapitulée en image par la blogueuse Klaire fait grr : Raoult à « Agnès les jolies fesses » : 15 000 SMS ? Ah ouais, quand même…

Raoult et la présomption d’aguichence : « La rhétorique est d’un classicisme aussi navrant que violent : elle est celle de tous et toutes les avocat-es de la défense qui, dans les cas d’agression sexuelle (même avérée), ne travaillent pas tant à démontrer l’innocence ou à établir des circonstances atténuantes pour leur client, mais essentiellement à disqualifier le statut de la victime »

FOG, L’homme qui voulait en finir avec le machisme

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Le 6 avril 2011, le Prix du magazine de l’année était décerné au Point, distingué entre autres critères pour « son exigence éditoriale ».
 
Un mois plus tard, son patron Franz-Olivier Giesbert (FOG) publiait effectivement un éditorial remarquable, en pleine débâcle de ce qu’il appellait « l’affaire Strauss-Kahn » (comme s’il n’y en avait eu qu’une) : Pour en finir avec le machisme.
 
Tel Emile Zola dénonçant la collusion politico-militaire durant l’Affaire Dreyfus, FOG se révoltait contre « l’affreux sexisme et le consternant machisme d’un microcosme politico-médiatique« . Pas moins.
 
Un discours exigeant effectivement, mais resté lettre morte, et donc toujours d’actualité.
 
Ci-dessous, je plagie donc sans vergogne son édito de 2011 : en noir les propres mots de FOG, que je ne peux qu’approuver. En bleu, mes ajouts…
 
médias presse sexisme machisme violence masculine

Pastiche d’un édito de FOG bien hypocrite :

Il y aura décidément un avant et un après : on n’a pas fini de tirer les enseignements des affaires de violence masculine, et du traitement pour le moins complaisant que leurs réservent les médias grand public.

D’abord, la bonne conscience d’une partie de la presse, bien plus prompte à repérer la paille dans l’œil du concurrent que la poutre dans celui de ses propres journalistes et chroniqueurs.

Ensuite, la collusion des puissants, toujours plus pressés de défendre la présomption d’innocence de l’un des leurs que la présomption de sincérité de leurs accusatrices et accusateurs. À croire que, pour eux, la parole d’un enfant abusé ne vaudra jamais rien, ou si peu. Question de classe ou de licence artistique, que voulez-vous. Après ça, étonnez-vous que la marée masculiniste continue de monter dans nos grues à la vitesse du cheval au galop, et que nos élites parisiennes remettent des prix littéraires à des violeurs d’enfants.

Enfin et surtout, l’affreux sexisme et le consternant machisme d’un microcosme politico-médiatique qui semble vivre encore dans la préhistoire de la modernité, quand la femme n’avait sa place que dans la cuisine ou au lit et inversement. En la réduisant de surcroît, ainsi que l’enfant, à un rôle de « Marie, couche-toi là », disponible à toute heure pour leur bon plaisir, certaines de nos « élites » masculines ont mis au jour ce qu’il faut bien appeler leur arriération mentale.

Il y a quelques jours, la justice a débouté Pierre Salviac qui contestait son éviction de RTL pour un tweet misogyne. Désormais, « un tweet sexiste peut valoir une sanction professionnelle« , écrit Les Nouvelles News, journal pionnier en matière d’égalité femmes-hommes et d’analyse politique et sociétale.

Face aux questions que soulève l’affaire Salviac, nous ne nous en sortirons plus avec l’antiféminisme ou le complotisme, nouvelle idéologie des imbéciles, qui sont les deux faces d’un même mal : une sorte de déni, de refus de la réalité. Nous sommes désormais condamnés à réfléchir sur notre « modèle français ».

Cette sale affaire aura au moins eu le mérite de nous placer face à nos tares et à nos archaïsmes. Puissions-nous, à cette occasion, balayer devant notre porte toutes les rognures d’un passé machiste.

Par souci déontologique mais aussi ontologique (question de fidélité à moi-même et à mes discours), j’ai donc décidé de prendre des mesures fermes pour balayer devant la porte de mon propre journal, Le Point. 

D’abord, ce sera le licenciement pour faute grave de notre « grand » reporter Frédéric Lewino. Sa lubrique, pardon, rubrique « C’est arrivé aujourd’hui » était certes racoleuse donc rentable, mais ses reportages racistes nous ont aussi coûté cher en frais de déplacement et de champagne. Toutefois, tout comme le tweet sexiste de Salviac, ce sont les cyber-saillies sexistes et insultantes de Lewino qui ont fait déborder la coupe. 

Journalisme sexisme insultes harcelement sexuel

Frédéric Lewino, sexisme assumé et autorisé au Point

Si Frédéric Lewino s’autorise de telles insultes publiques en toute impunité, que doit-il faire subir à mes employées dans nos bureaux ? Y a-t-il un problème de harcèlement sexuel au sein du Point ?

Cela pourrait-il expliquer, même partiellement, notre incapacité notoire à sortir de nos schémas misogynes ?

Ce sera ensuite un recrutement paritaire de nos chroniqueurs et éditorialistes : actuellement sur 20 chroniqueurs du Point, seules 2 femmes sont présentes (reléguées en bas à droite de la page). Une honte, d’autant que certains chroniqueurs hommes sont des imposteurs de renommée internationale, qui m’ont valu quelques déboires judiciaires (bye bye BHL !), y compris en janvier 2014. Il est grand temps de faire le ménage, et de promouvoir nos « excellentes » consœurs autrement qu’en insistant sur leur apparence physique.

Ce sera enfin le départ et l’effacement de toutes les éructations de Matzneff, ce dinosaure des années 70, encore nuisible aujourd’hui. Lui qui vomit des propos moralisateurs dans ses chroniques sirupeuses s’offusque qu’on lui reproche sa propagande pédocriminelle. La remise du Prix Renaudot 2013 à Gabriel Matzneff est une insulte à l’enfance, survenue sur un malentendu après un verre de trop entre membres du jury (grave erreur que de nous réunir dans un restaurant). Un désastre typique de la collusion que j’ai brièvement dénoncée en mai 2011.

Ne me félicitez pas, il n’y a aucun mérite à respecter les lois et les êtres humains : le harcèlement sexuel au travail est un délit, l’apologie du viol est un délit, l’art n’a pas vocation à donner des alibis aux pédocriminels. Il est donc tout à fait normal et urgent d’y remédier.

La crise financière que traverse la presse écrite (mais pas Le Point, clin d’oeil à François Pinault et autres actionnaires) se double d’une crise morale, nourrie de discours hypocrites, d’apathie ou d’appétit envers la violence, de collusion des puissants et d’invisibilisation des plus vulnérables.

Je conclurai humblement en reconnaissant que je ne suis pas capable de mettre en œuvre de tels changements éthiques. « Je ne suis plus l’homme de la situation », et je passe donc le balai à celui* ou celle qui va me succéder. Bon courage !

Franz-Olivier Giesbert, l’homme qui prétendait en finir avec le machisme

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* Qu’en dites-vous, M Etienne Gernelle, nouveau directeur du Point ?

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Edit (03-03-2014) : à lire à tout prix !! ELLES vont en finir avec le machisme :

FOG n’était pas l’homme de la situation, car il fallait faire appel aux femmes ! Faute d’être appelées, les femmes journalistes élèvent la voixManifeste du collectif Prenons la Une.

Une tribune commentée par Isabelle Germain (fondatrice des Nouvelles News et signataire du manifeste) : Pourquoi les femmes journalistes prennent la une.

Merci à vous, femmes journalistes, qui luttez pour mieux nous représenter : nous voulons être moins stéréotypées, moins anonymes et plus nombreuses. Je souhaite de tout cœur aussi que cessent les discriminations ou violences sexistes que vous subissez au travail.

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à (re)lire :

Le sexe de l’info : hors-série papier des Nouvelles News

Causette, Le Point, Le Nouvel Observateur : la presse va mal…et ce sont les femmes qui trinquent, par Sophie Gourion,

– Suite aux récidives de Lewino (12 mars 2014) : Sexisme, racisme : Lewino ou la conjonction de la bêtise

Contre la misogynie ordinaire de Patrick Besson (Le Point) par Leila Ajig

Quand le prix Renaudot Essai est attribué à Gabriel Matzneff, défenseur de la pédophilie, par Dom Bochel Guégan

Non, Gabriel Matzneff, la pédophilie n’est pas un «style de vie», par Charlotte Pudlowski

Culture du viol dans les médias : Quand le Point conseille aux femmes d’ «accepter la brutalité de leur amant»., par Nathalie Blu-Perou (23 juillet 2014)

Si Sisyphe était une femme…

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Les dieux avaient condamné Sisyphe à rouler sans cesse un rocher jusqu’au sommet d’une montagne d’où la pierre retombait par son propre poids. Ils avaient pensé avec quelque raison qu’il n’est pas de punition plus terrible que le travail inutile et sans espoir.

Albert Camus, Le Mythe de Sisyphe

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Il t’écoute en hochant la tête,
Mais son cerveau n’entend pas,
Trop occupé
À calculer

Tu dénonces le piège
Nous sommes exploitées
Conditionnées
Muselées
Sacrifiées
Invisibilisées

Il s’en fiche
Il s’ennuie
Il soupire

Tu n’acceptes plus d’être reléguée
Au second plan
Aux fonctions d’assistance
Au travail de réconfort

Il se sentait déjà menacé
Mais en questionnant sa légitimité
En imposant tes talents
Tu lui as posé un défi
Qu’il n’est pas prêt à relever

Il soupire
Être un homme aujourd’hui
Tu sais c’est pas si facile

Bien-sur que tu le sais
On t’a bassinée
avec la crise de la masculinité :

« L’homme violent souffre aussi,
Tais-toi quand il geint ! »

Ainsi, toujours,
Retour au point de départ
Au point de vue dominant
Le point de vue masculin
Pesant comme un rocher :

« Tu dois compatir
à la douleur de l’homme violent ! »

C’est absurde
Te voilà reléguée
Au second plan
A nouveau
Muselée

Mais toujours déterminée
à lutter
à rouler la pierre vers le sommet
Tant qu’elle retombera
Tant qu’il le faudra

Tu parviendras mieux que Sisyphe
À rester au sommet
Car tu n’es pas seule
Nous prenons le relais
Quand tu reprends des forces

Nous parviendrons mieux que Sisyphe
Car les dieux ne sont que des hommes,
des imposteurs

Le courrier de Diké - le mythe de Sisyphe - le patriarcat est absurde

Je n’ai pas échappé, malgré tant de précautions, aux violences sexuelles

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Voici la contribution d’une femme qui tient à partager les stratégies de défense qu’elle a imaginées et déployées, seule, pour résister aux injonctions collectives à la soumission puis désamorcer ou encaisser la violence masculine.
 
Au passage, elle relève aussi l’apathie des services médicaux, prêts à diminuer à coup d’anxiolytiques les symptômes des violences subies, sans questionner le comportement violent du conjoint à la source de ces symptômes.
 
La contributrice analyse aussi les causes ou les facteurs de la violence conjugale. Pourquoi sont-ils violents avec nous ? La violence n’est jamais une démonstration de force, mais de faiblesse de l’agresseur (faiblesse narcissique en l’occurrence).
 
Merci à elle pour son témoignage lucide, courageux et généreux.
 
[ce texte est la propriété de la personne qui l’a écrit. Nul ne peut le reproduire sans son autorisation (que vous pouvez demander par mon intermédiaire)].
 

Je voulais dire comment moi je me suis « démerdée » par rapport au misogynisme ambiant là ou j’ai habité jusqu’à mes 25 ans.
J’étais dans une ville où il y avait beaucoup de cités, je veux dire par là des quartiers difficiles, et quand on dit quartiers difficiles c’est encore plus dur pour les femmes.

Pas le droit de se mettre en jupe ou en robe (ou alors à tes risques et périls), pas le droit de porter certaines couleurs (le rouge en particulier). Il faut supporter les insultes quotidiennes dans le bus (attenant bien sur au fait que tu es de sexe féminin, sur ton physique, que tu sois jugée « chaude », « bonne », « baisable » etc… ou moche).

La misogynie, en plus de te faire chier avec le genre masculin, s’invite bien souvent dans la bouche des autres filles : « c’est qu’une pute », « elle l’a mérité » etc… juste par exemple parce que tu mets des talons, ou que tu as le malheur d’être jolie, ou pire blonde au yeux bleus.
J’ai vécu l’enfer de la cité au féminin, entre autre les tournantes, j’ai eu un bol extra ordinaire d’avoir réussi à m’échapper à temps.

Alors j’ai cherché un moyen de pouvoir vivre « normalement ». Je ne voulais pas, comme on me le conseillait pourtant, renoncer à vivre NORMALEMENT. Quand j’ai commencé à avoir des relations avec des hommes, je ne me suis pas précipitée, j’ai réfléchi. J’ai fait une liste de ce que je voulais, et de ce que je ne voulais pas. A chaque fois que j’étais sur le point de conclure quelque chose avec un homme, j’énumérai la liste de ce qui ne nécessitait pas de précaution particulière, de ce qui était strictement interdit, et de ce qui était possible de négocier sur demande expresse. Je précisais qu’il n’y avait aucun accord tacite et qu’avant de prendre une initiative, une demande serait la bien venue sous peine de dégageage tout nu dans l’escalier.

J’ai toujours pris l’initiative d’aller vers les hommes qui m’attiraient, et de faire dans le très très clair, pour éviter tout mal entendu. Après, une fois au lit je prenais la direction des opérations pour ne pas avoir de mauvaise surprise. Par contre, j’ai toujours pris le temps de demander à mes partenaires si il y avait des choses qu’ils ne voulaient pas, des tabous, ou des zones interdites. Et à chaque initiative nouvelle je disais ce que j’avais envie de faire et je demandais la permission. Avec ces différents partenaires, choisis, interrogés et dans l’ensemble guidés (mes critères de sélection n’ont jamais été purement physiques, ni sur les performances sexuelles, j’ai d’ailleurs toujours préféré des hommes ayant peu ou pas d’expérience et qui se posent des questions aux hommes arrivant en terrain conquis). Avec ces choix, les choses se sont toujours bien passées, je dirais même que le fait que je guide et que je prenne les initiatives a été très apprécié. Par contre, ces hommes étaient dans l’attente d’une relation humaine que j’étais incapable de donner parce que j’avais trop peur. Trop peur d’avoir l’air douce, trop peur d’avoir l’air gentille, trop peur d’avoir l’air aimante, trop peur d’avoir l’air de LA PROIE idéale. Du coup, après mon affaire réglée, je profitais que l’homme aille faire une toilette, boire, ou autre, pour prendre la poudre d’escampette.
J’ai beaucoup souffert de cette situation et d’être dans une attitude tellement défensive que j’étais incapable de tisser un lien humain. Certains hommes ont été très blessés par cette attitude et j’en suis vraiment désolée.
Donc dans mon sac, les fringues que je voulais mettre et qui était féminine, et un jogging moche, à capuche avec un pantalon large et des baskets. Je me changeais sur place en soirée (dans les toilettes) et je donnais mon sac soit à garder derrière le bar, soit aux vestiaires, avant de repartir, si je rentrais seule, hop je me changeais avant de rentrer.

Pourtant, je n’ai pas échappé, malgré tant de précautions, aux violences sexuelles.
De la part d’un « boy friend » avec qui je n’avais pas de relation sexuelle, et avec qui je ne voulais pas de relation d’ailleurs (j’avais 17 ans je précise). Il était à l’armée (ce que je ne savais pas, il m’avait menti, sur son métier, et même sur son identité réelle, car n’aimant absolument pas les militaires et tout ce qui ressemble à une autorité de près ou de loin, c’est certain je ne serais pas allée vers lui). Il était très jaloux, et un jour où j’avais une bague sur une chaîne que j’avais mise en pendentif, il a sorti un couteau et l’a posé sur mon cou, puis il a arraché la chaîne avec le couteau en me frappant la tête dans un mur. J’ai eu peur, mais je ne voulais pas le montrer, car je ne voulais pas lui donner plus d’emprise. Un autre soir, nous rentrions de soirée, et avec des amis ils sont passés à la boulangerie, un de ses amis m’a préparé un sandwich à la brioche et au jambon de Bayonne, j’étais super contente, j’avais carrément faim. J’ai commencé à manger et je me suis pris un coup de poing dans la figure  » dis donc tu fais du 38, je sors pas avec toi pour retrouver une meuf qui fait du 44, alors tu bouffe pas cette merde « . J’ai voulu partir, le quitter, mais j’ai découvert sa véritable identité. Il avait déjà été condamné pour des violences graves. J’ai eu très peur, pas pour moi, mais pour ma mère. J’ai eu peur que si je lui refusais quelque chose, il fasse du mal à ma mère. Alors oui, il a eu ce qu’il voulait, je pleurais, sans faire de bruit, et j’attendais qu’il ait fini. Il a vu que je pleurais, ce qu’il l’a encore plus énervé, parce que du coup je ne prenais pas mon pied, ce qui remettait en cause ses performances. J’ai vraiment essayé de sourire, d’avoir l’air extatique, mais ça n’a pas marché. Il m’a jetée sans ménagement, en me disant que j’étais une allumeuse et une connasse. J’étais super soulagée. Pourtant, j’ai revu ce mec, je l’ai recroisé, dans la rue, dans des lieux publics, dans des soirées. J’avais envie de le tuer. A chaque fois, il me regardait, avec un sourire en coin, l’air satisfait. Un jour je n’ai plus supporté. Je suis allé le voir, il était attablé avec des potes. Je lui ai dit  » tu m’as vu à poil, c’est bien, t’es fier de toi ? Tu crois que tu me connais ? Tu crois que tu sais qui je suis ? Tu crois que tu peux parler de moi ? Non parce que tu ne sais rien de moi. Tu peux dire à tout le monde que j’ai un grain de beauté sur le cul, oui tu peux. Mais tu veux que je te dise ? T’es loin d’être le seul à pouvoir le dire. C’est pas une victoire de m’avoir baisée, ce qui aurait vraiment été une victoire c’est que tu ais pu dire quelle était ma couleur préférée. En plus au lit tu vaux pas un clou, t’es qu’une merde. Tu sais quoi je suis même pas allée voir les flics, parce que tu ne me fais pas peur, j’ai pas besoin d’eux pour régler l’affaire d’un type comme toi. Regarde moi bien, de haut en bas, insiste bien : tu vois je suis pas sale, je suis toujours aussi canon, et la seule chose que t’es potes retiendront c’est que t’as pas réussi à me garder parce que t’es qu’une bouse, que tu sais absolument pas ce dont je suis capable au pieu, et que j’aurais pu t’emmener au paradis. Reste donc dans ton pitoyable enfer, parce que ta fierté de m’avoir niqué, elle fait pitié et rien d’autre.  »
Je me suis sentie beaucoup mieux, je m’étais apprêtée à recevoir des coups, et à être sortie du bar. Mais non. Il est juste parti en m’insultant.

Après cette histoire je pensais être vaccinée. Mais en fait non. J’ai eu une histoire longue et difficile, avec un mec que je croyais aimer. En fait après toutes ces difficultés, j’avais une image de moi dégueulasse, malgré les apparences. Toujours donner le change, c’est ce que j’avais appris. Ne jamais donner de prise à l’adversaire. ADVERSAIRE, c’était donc ça les relations avec les hommes ?

J’avais besoin d’une relation douce, d’être respectée et aimée. Et j’y ai cru, quand mon petit ami de l’époque, que J’AI abordé moi même est venu à moi. Il était doux, gentil, agréable, cultivé. Oui il était tout ça. Quelques années plus tard, il était violent, ingérable, cocaïnomane, et sexuellement déviant. Il était pourtant le père de mon bébé. J’ai eu le droit à toute la négation possible : je n’étais même pas un être humain, je n’aurais même pas du survivre selon SA théorie du Darwinisme. Morsures, bleus, viols, puis coups. Voilà les étapes. Quand je suis arrivée à l’hôpital j’étais en total sidération, incapable de parler pendant plusieurs jours, je ne pleurais pas non plus, je me contentais de vomir tous mes repas. A l’hôpital, rien, un lexomil pour que je dorme, et rien. Pas de constat, pas de questions sur les raisons de mon arrivée (pourtant ma mère l’avait emmenée et expliqué pourquoi j’étais là). Aucune prise en charge, c’était NORMAL.

C’était pourtant mon conjoint, le père de mon bébé, et l’homme que je croyais aimer qui était l’auteur de ces violences. Quand j’ai réalisé que j’étais « une femme battue, victime de violence conjugale » j’ai déposé une main courante. Il avait déjà un casier avec du sursis, et cette menace a suffit à le tenir à distance physique. Mais c’était sans compter les appels, les menaces etc…

Je suis partie, loin à 800km. J’ai mis environ 9 ans à me reconstruire. 9 ans de thérapie pour trouble du comportement, 9 ans de phobie des hommes, 9 ans de relations sexuelles avec un nouvel homme parfaitement respectueux, à voir son visage se déformer et prendre l’apparence de mon ex, 9 ans d’images de viol qui me hantaient pendant mes câlins…

Aujourd’hui je suis enfin capable d’aimer, d’être aimée et respectée, mais pas toujours capable d’identifier que quelque chose ne va pas, ni d’où ça vient. Heureusement j’ai un conjoint avec  » des antennes « , qui le ressent, et qui sait lui, ce qui ne va pas. Il m’a permis de mettre des mots dessus, et de reconnaître, que oui, j’avais été victime non pas d’un viol mais de plusieurs, et ça pendant plusieurs années.

Restait une question à élucider : pourquoi avait-il fait ça ? En était-il au moins conscient ?
Je me suis remémoré plusieurs de ses phrases, car à l’époque déjà, je l’avais questionné, mais j’avais  » oublié  » ses réponses.
Oui il était conscient de sa violence, oui il savait qu’il me faisait mal physiquement et psychologiquement. La raison ? « tu es trop intelligente, tu es trop belle, j’ai envie de te faire mal, de te faire bien mal, car tu es insupportable »
Je me suis souvenue de cette phrase, elle aussi m’a hantée quand elle est revenue à ma mémoire. Mais je suis sure qu’il est devenu un brave type, puisqu’aujourd’hui il est infirmier…

Aujourd’hui, ce dossier est classé pour moi, je vis sereinement mon quotidien, je ne pense plus que je suis une nulle, une ratée, une merde. J’ai repris des études, que j’ai brillamment réussies, j’ai même un poste à responsabilités, même si je suis sous payée. Je vis encore la misogynie dans mon quotidien, comme toutes les autres femmes. Mais quand je suis chez moi, je ferme la porte sur ce monde là, et j’ouvre celle de mon univers, et chez moi ce n’est pas comme ça. La seule ombre au tableau, c’est que quand je sors dans la rue, et que je croise un homme de dos qui ressemble un peu à mon ex, je tombe dans les pommes ou je vomis. Mais heureusement, ce n’est pas souvent…

J’espère que d’autre réussiront à mettre des mots sur leur vécu. Les forums et blogs féministes m’ont vraiment permis d’avancer, et m’ont permis un lieu d’écoute, d’expression et de partage.

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à lire aussi : La Parade des violeurs est le Silence des violées

Si tu veux publier un témoignage sur cette page, n’hésite pas à le faire dans les commentaires ou par ici.

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Cette page est destinée à libérer la parole des femmes qui n’osent pas ou ne peuvent pas s’exprimer habituellement sur les violences qu’elles subissent. Seuls les témoignages et les messages bienveillants seront publiés : les commentaires qui défendent la propagande du viol tout en se permettant de juger les femmes violées ne seront PAS publiés (Pourquoi ? Parce que).

Cantat pleure

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C’est dur d’avoir la mort d’une ou deux femmes sur la conscience. Vous pouvez pas comprendre si vous n’êtes pas un meurtrier, alors taisez-vous quand je fais de l’auto-promo.

Cessez de me traquer ! C’est vache quand même d’écrire « violences conjugales » pour ce qui est habituellement désigné comme « drame passionnel », « tragique accident » ou « crise de couple ». Je préfère les tournures qui évitent de me stigmatiser inutilement comme agresseur.

Merci à mes amis des Inrocks, entre autres, qui me soutiennent dans ma démarche de réinsertion sociale, et même de rédemption mystique.

Je suis dispo pour toute interview concernant mon génie surhumain, mes passions destructrices, ma carrière lucrative, et enfin la lutte contre les violences faites aux femmes.

En effet, ayant purgé ma peine pour le féminicide de ma compagne, je veux témoigner autour de moi afin de prévenir l’irréparable : messieurs, ne tuez pas vos femmes, vous risquez de souffrir !

Je pleure désormais d’émotion en pensant à l’impact de mon engagement féministe naissant…

Bertrand Cantat meurtre écorché vif Marie Trintignant Kristina Rady suicide violence chanteur maudit Inrocks Noir Desir

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À lire :

Ex-fan de Cantat par Les Martiennes

Bertrand Cantat dans « Les Inrocks » : une interview qui cache un inquiétant plaidoyer par Elodie Mielczareck

Cantat confirme la tolérance envers les violences faites aux femmes et L’immunité amoureuse dans la presse sur Les Nouvelles News

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Edit : je viens d’apprendre que Bertrand Cantat a vraiment essayé de se mettre en scène au Québec en 2011, dans un spectacle intitulé… Des Femmes. Merci au public québécois qui n’a pas laissé passer cette mise en scène indécente (et à Zéo Zigzags pour l’info !)

Curry de poireau façon féministe

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Ce week-end, Monsieur Poireau, visiblement affamé ou simplement désœuvré, nous a cuisiné à la va-vite un réchauffé de sexisme à la moule, particulièrement insipide. Je vous livre la recette en exclusivité :

Ingrédients :

  • un poireau mal embouché
  • 3 seaux de moules bien moulées : sexy et intégralement épilées
  • 100 kg de soupe sexiste prête à déguster
  • 3 bottes de préjugés anti-féministes et mythes sexistes périmés
  • 10 litres de vin-aigre (ou 20 mottes de beurre rance).
  • une once de masculinisme de saison
  • une poignée d’arrogance phallique
  • des mots-clés vulgaires et racoleurs
  • des fautes de grammaires

Recette :

Prenez la soupe au sexisme et portez la à ébullition dans une cocotte minute. Lorsqu’elle commence à frémir de colère, ajoutez les bottes de préjugés anti-féministes (nous suggérons un panaché d’accusations de puritanisme, de bêtise et de victimisation). Faites monter la pression.

Pendant ce temps, faites mariner les moules dans du vinaigre. Cela donnera à votre soupe sexiste un arrière-goût aigre et persistant. A la limite, vous pouvez remplacer le vinaigre par du beurre rance, pour ajouter du gras et du liant.

Assaisonnez les moules de mauvaise foi masculiniste (déni du patriarcat et de la culture du viol), à petite dose néanmoins. Plus c’est gros, moins c’est argumenté, et plus ça passe (grâce à votre autorité naturelle).

Ajoutez la soupe bouillante à votre plat de moule ; et battez-celles-ci à coup d’arrogance phallique. Il s’agit de rappeler qui vous êtes à votre audience (réelle ou fantasmée). Si votre audience ne s’intéresse pas assez à vos créations culinaires, ajoutez les mots-clés vulgaires et racoleurs : succès garanti pour attirer les fins gourmets.

Pensez à distiller quelques fautes de grammaires, pour donner un aspect improvisé et authentique à votre plat, même s’il marinait dans votre cervelle depuis longtemps.

Voici donc la soupe que nous a servie le Poireau ce week-end. Nous autres, chattes aux griffes bien aiguisées, oies faussement blanches et chiennes de garde, avons mal digéré le plat. Je vous propose donc une variante plus savoureuse :

Prenez le poireau mal embouché. Déshabillez-le pour le laisser « afficher à la face du monde son sexe » (une dernière fois). Puis bâillonnez-le et mettez fin à ses propos faussement provocateurs et vraiment réactionnaires. Laissez-le poireauter et méditer sur les infortunes de la condition masculine. Faites macérer votre poireau dans une sauce féministe au curry, en dosant les épices selon vos revendications : coriandre, curcuma, gingembre, cannelle, cardamome, noix de cajou… N’oubliez pas de rajouter quelques piments bien rouges pour relever l’ensemble !

Pour servir : jetez la soupe de sexisme aux moules (elle restera imbuvable de toute façon), et croquez le Poireau à pleines dents !

Bon appétit !

Une expérience culinaire à partager avec Maëlle & Diction ou Sophie Gourion !

Et vu que la tendance est au sexisme gastronomique, je vais réfléchir à une recette de poule au pot spéciale Philippe « cot cot » Le Ray, agrémentée de confitures pour Bernard « casserole » Ronsin. Merci à nos élus qui nous inspirent !

photo beauté jeune femme

Freedom ! Freedom ! Merci Le Poireau !

Crédit photo : Victor Jeffrey

Lettre ouverte : une loi pour l’abolition du système prostitueur

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Deux députées, Maud Olivier et Catherine Coutelle, vont lancer à l’Assemblée Nationale les débats sur une proposition de loi pour l’abolition du système prostitueur.
Espérant que nos députés auront à cœur de se montrer à la hauteur des débats, en dépit des résistances sexistes anti-démocratiques de certains députés, j’ai écrit au mien :

Lettre à Thierry Mariani,
Député de la 11ème circonscription des Français de l’étranger

Monsieur le Député,

Dans les semaines qui viennent, vous allez travailler sur la question de la prostitution. J’ai signé la lettre ouverte de 111 associations de terrain qui accueillent des femmes victimes de violences et les accompagnent. Elles lancent un cri d’alerte : il ne sera pas possible de faire reculer durablement les violences sexistes et sexuelles en France tant que nous tolèrerons que s’exerce en toute impunité l’une des plus insupportables d’entre elles : la prostitution.

J’espère que vos travaux parlementaires permettront d’affirmer la position abolitionniste de la France et d’envoyer un message clair à l’ensemble des citoyennes et citoyens : l’achat de services sexuels n’est pas compatible avec l’égalité.

Vous trouverez la lettre ici : Abolition du système prostitueur, la loi !

J’ajoute que l’abolition de la prostitution est aussi une question de liberté. La prostitution ne relève pas d’un choix libre mais d’un arbitrage contraint en différentes formes d’oppressions. Les clients de la prostitution exploitent des personnes en situation de vulnérabilité.

Nous comptons sur vous pour participer à l’élaboration d’une loi ambitieuse et didactique permettant de responsabiliser les clients et de donner aux prostitué-e-s les moyens de sortir de leur situation.

Cordialement,

Diké
Blogueuse féministe

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Lettre écrite à partir du modèle proposé ici : Écrivez à votre député-e !

Punir les clients des prostitués : le modèle suédois a bon dos : la journaliste Florencia Rivera Torres a épluché bon nombre d’études sur le modèle de pénalisation des clients-prostitueurs, mis en place en Suède depuis 1999.

Ressources sur la prostitution, liens relevés et classées par Lise Bouvet, militante abolitionniste.

L’abolitionnisme pour les nul-le-s par les EfFRONTées, association féministe et LGBT. À lire pour faire le point sur les enjeux de la proposition de loi, et pour découvrir les fondements juridiques et intellectuels de L’abolitionnisme.

——
Edit [17 novembre] – message de relance à Thierry Mariani :

« Je ne vous demande pas de réponse personnelle à mon courrier. En revanche, je tiens à connaître votre position sur l’abolition de la prostitution, et votre intention de vote. Vous vous êtes engagé à rendre régulièrement compte de votre activité parlementaire, et j’espère trouver dans vos publications la réponse à mes questions, et un engagement fort de votre part en faveur des droits des femmes.« 

Lésion d’honneur, Légion d’horreurs

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Apologie de la violence conjugale sur Twitter (hashtag #SoutienThuram) : "On lui pardonne parce qu'à lui tout seul en 98 il nous a qualifié en finale de Coupe du Monde"

Et un, et deux, et trois zéro !
3 buts qui ont fait l’honneur de la patrie
Exit le Brésil
Honneur et patrie

Et un, et deux, et trois zéro !
3 coups dans la cuisine
Éléments sans gravité
Horreur et patriarcat

Impunité des « passionnés »,
des sombres hérauts de l’amère patrie

Pupilles de la Nation
Punies par la « passion »
Qu’on est bien en France, nous disait Bertrand
Quant à… Thuram
Soutien Thuram

Soutiens-tu le héros national ?
Champion du monde et star du Rock
on leur pardonne
on les honore en France
on déshonore la France

Légion d’Honneur
Décors grandiloquents
et des corps disloqués

Les hommes rêvent d’insignes et d’honneurs
Les femmes crèvent d’indignes souffrances
invisibles

Honneur et Patrie, vive la France !
Horreur et Patriarcat,
Vive souffrance