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Il y a en ce moment une poussée de groupes qui appellent à refondre le féminisme autour de l’homme.

Souvent lancés par des hommes et relayés par des femmes, ces appels encouragent à valoriser le rôle de la femme tant qu’il est défini et circonscrit par rapport à la place de l’homme (la femme, au singulier, est définie comme fille de, mère de, épouse de). En ces temps troublés de débats sociétaux, il s’agit de rassurer et ménager les hommes, visiblement perturbés par la remise en cause de leurs privilèges. Cf les Antigones et Woman Attitude (découvert hier pour ce dernier).

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Ces mouvements se revendiquent féministes (mouvance essentialiste). Mais curieusement, ils ne se construisent pas en opposition au sexisme et à l’oppression patriarcale : ils se construisent plutôt en réaction aux « dérives » des féminismes libéral et radical, qu’ils déclarent dépassés. Difficile d’accepter l’étiquette féministe pour des groupes qui nient la pertinence des combats féministes encore d’actualité et évoquent plutôt la nostalgie du passé.

Le féminisme est un des rares champs de pensée et d’action conçu par les femmes et pour les femmes. Peu importe que nous soyons une intellectuelle érudite, une militante de terrain, une oratrice douée, ou tout à la fois, ou rien de tout cela. Tant que nous construisons un espace, si petit soit-il, où la parole et les besoins des femmes sont écoutés en priorité, nous sommes dans le cheminement féministe.

Pourquoi donc faudrait-il absolument y introduire une attention particulière envers les hommes, alors que c’est déjà la norme dans notre société patriarcale, ce que nous dénonçons ?

Les hommes sont les bienvenus dans le mouvement féministe, tant qu’ils sont discrets et humbles, tant qu’ils restent au second plan, pour une fois.

Pour autant, nous n’avons pas à les remercier de leurs actions féministes, car celles-ci ne constituent pas des faveurs à notre égard. Les hommes ayant un engagement féministe sincère agissent conformément à leurs principes, pas pour décrocher des lauriers (ou alors c’est faire preuve de sexisme bienveillant ou de manipulation, critères disqualifiants pour le brevet de féminisme…). Lorsque vous êtes polie et respectueuse envers quelqu’un, attendez-vous un remerciement de sa part ? Considérez-vous que vous méritez une distinction ? Non, bien entendu.

Nous n’avons pas non plus à tolérer les hommes machos / violents / méprisants. S’ils nous écrasent, nous méprisent ou nous humilient, nous devons les remettre à leur place. Ce n’est pas facile, et le rapport de force joue souvent en notre défaveur (pour de multiples raisons : habitude, supériorité physique des hommes, bien souvent, indifférence des témoins d’agressions, perception négative des colères de femmes, alors que les colères d’hommes sont perçues comme un signe d’autorité, etc).

Mais en aucun cas nous, féministes, ne devons ménager les hommes sexistes. Le sexisme est une oppression, une violence. Si les hommes violents souffrent aussi en société, c’est à cause des contradictions inhérentes au patriarcat, certainement pas à cause du raisonnement féministe qui les révèle et les conteste.

Si le patriarcat favorise les hommes par rapport aux femmes, ils les enferme tout autant dans des rôles contraignants, avec ses stéréotypes sur la virilité, l’autorité, la réalisation professionnelle, la séduction, etc.

Mais les féministes ne sont pas la cause de la crise de la masculinité !

Nous en sommes peut-être un catalyseur, en raison de notre critique du patriarcat, mais nous, femmes, féministes, n’avons pas créé les règles du jeu. Au contraire, nous cherchons à en créer de nouvelles.

Donc nous ne devons pas nous apitoyer sur le sort des hommes blessés, s’ils sont violents ou méprisants. Tant que les femmes sont moquées, discriminées, agressées, intimidées, nous n’avons pas à résoudre ou éviter la crise de la masculinité. Nous n’avons pas à préserver l’égo masculin fondé sur le mythe de la douceur féminine.

Tugdual Derville encourage les femmes à se vulnérabiliser pour encourager les hommes à se sentir virils...

Et puis quoi encore ?

Peu importe que les hommes sexistes nous qualifient de misandres, car tant qu’ils véhiculent des stéréotypes négatifs sur les femmes et des discours anti-féministes, leur avis ne compte pas.

Quant aux hommes qui nous respectent et nous écoutent, ils savent déjà que nous rejetons les stéréotypes sexués et, partant, que nous ne mettons pas tous les hommes dans le même sac. Fin de la guerre des sexes, retour au combat pour être respectée en tant qu’être humain et pas pour mon utilité sociale.

Je suis une femme, pas un utérus !

une femme, pas un utérus !

Source de l’image : http://feministriots.tumblr.com

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