Drames religieux à Bruxelles et à Lahore

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Nouveau drame religieux. Cinq jours après le drame de Bruxelles, c’est à Lahore que des hommes ont craqué. Des enfants et des femmes ont été retrouvés morts dans un parc. Les auteurs du drame ont aussi succombé à leur coup de folie. Ils n’auraient pas supporté que des enfants fêtent Pâques. 

Imaginez-vous des compte-rendus d’attentats aussi indécents dans la presse ? Oui, très facilement. Nous en lisons tous les jours, généralement la rubrique « faits divers » de la presse régionale. Ces articles relatent des histoires qui se suivent et se ressemblent : une femme quitte un homme violent, il l’abat en représailles.

Un véritable terrorisme intime pour toutes les femmes en couple. Chaque féminicide conjugal, et son traitement patriarcal par la justice et par la presse, nous rappellent à la réalité : une femme qui se met en couple avec un homme prend des risques inouïs.

Dans le monde, 30% des femmes qui ont vécu en couple ont subi des violences physiques ou sexuelles de la part de leur conjoint. Une estimation minimale qui ne prend pas en compte les violences verbales, psychologiques, économiques.

Une réalité aussi morbide que monotone, heureusement égayée par nos procureurs et journalistes. Dans la rubrique « femme écrasée », on ne lit pas des compte-rendus de crimes, mais plutôt des « drames ». Drame passionnel, drame conjugal, drame de la jalousie, drame de la séparation, drame de la fin de vie… Que de variations lyriques autour d’une intrigue bien banale : elle voulait échapper à son contrôle, il l’a tuée.

Dans cet univers littéraire, le meurtrier n’est plus un simple criminel mais un « auteur » de crime. L’assassin n’a pas prémédité un crime, mais plutôt mis en scène une mise à mort. Quel talent, quelle créativité !

Un exemple de cette actualité littéraire frissonnante :

La Montagne violences conjugales

Capture d’écran La Montagne

Ce 27 mars, Morgane, une jeune femme, a fait un arrêt cardiaque à l’hôpital après avoir reçu 30 coups de couteau ou de cutter en pleine rue. Tentative d’assassinat, direz-vous ? Non ! Pour Pierre Sennes, procureur de la République de Clermont-Ferrand, il s’agirait plutôt d’une « querelle amoureuse ». Le journaliste de La Montagne, Stéphane Barnoin, en rajoute une couche : son article commence avec un relent de « dépit amoureux », et conclut sur l’hypothèse d’un coup de folie d’un étudiant qui, selon lui, « bascule subitement ». Va-t-on fantasmer des excuses similaires aux kamikazes de Paris, Bruxelles et Lahore ? Autre manque d’objectivité : le journaliste estime que cette agression reste un événement exceptionnel, « d’une rare virulence ». Il est mal renseigné : quelques jours avant, Samantha, une trentenaire, a succombé à 66 coups de couteaux à Sorbiers (à 150 km de Clermont). Sans oublier Ingrid Gonfo, poignardée de 120 coups de couteau par son petit ami, en janvier à Villeurbanne (à 172 km de Clermont).

La Voix du Nord violences conjugales

Capture d’écran La Voix du Nord

Deuxième exemple le 25 mars : une femme de 38 ans est entre la vie et la mort au CHU de Lille. D’après La Voix du Nord, une « violente dispute conjugale a éclaté dans une maison » de Verton. A nous de deviner que la femme a été rouée de coup par son concubin, militaire qui plus est. Au lieu de se concentrer sur les faits, la journaliste fait l’hypothèse de troubles post-traumatiques dûs à son métier. J’en déduis que la « dispute conjugale » est une sorte de bombe à retardement, dommage collatéral des opérations militaires de la France. Pourtant rien ne permet d’affirmer que l’homme n’était pas déjà violent en couple AVANT ses missions à l’armée. Et surtout, comment oser parler de « dispute »pour désigner des violences conjugales ? Là encore les faits sont déformés. Une dispute implique une discussion conflictuelle, alors que la violence conjugale est unilatérale. Et ici il ne s’agit pas de discussion, de paroles, mais bien de violence physique potentiellement fatale. Et encore, l’article a été rectifié après nos sollicitations sur les réseaux sociaux. Initialement il parlait d’une dispute qui « tourne mal », et d’un « coup de poing mal placé ». Comme s’il y avait des violences conjugales qui tournaient bien, et des coups de poing bien placés…

Comme d’habitude, ces articles s’intéressent avant tout à la personnalité (fantasmée) des agresseurs, tout en minimisant la gravité de leurs actes. Pendant ce temps, leurs deux victimes sont entre la vie et la mort à l’hôpital. Je cherche tous les jours de leurs nouvelles dans l’actualité. Mais les journalistes vont-ils nous tenir informé-e-s de leur sort ?

En 2016, comme d’habitude, une femme meurt tous les trois jours en France sous les coups de leur conjoint ou ex-conjoint. Cette année, 216000 femmes âgées de 18 à 75 ans seront probablement victimes de violences sexuelles et/ou physiques de la part de leur conjoint ou ex-conjoint. Un grave enjeu de droits humains, de justice, de santé publique, abandonné au lyrisme complice de ceux qui sont censés nous protéger ou nous informer.

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[Mise à jour]

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A lire aussi :

 

 

 

2016, l’état d’urgence : FEMINICIDES conjugaux en France

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Femmes qui avez succombé à la violence conjugale, en France cette année,

Nous ne voues oublions pas :

  • 46. Bonnières sur Seine (Yvelines), 2 juin. Leïla, 29 ans, mère d’un enfant de 4 ans. Exécutée d’une balle dans la tête, chez eux, par son mari jaloux, 31 ans. Le couple avait des « difficultés relationnelles » (violences conjugales ?). Le Parisien.
  • 44. Nissan-lez-Ensérune (Hérault), 30 mai : une femme, 47 ans, fonctionnaire en administration pénitentionaire, mère d’un ado de 17 ans. Exécutée chez eux d’une balle au thorax par son mari, 56 ans. Il s’est suicidé avec le meme revolver. C’est l’enfant qui a découvert les corps à son retour du lycée. France3 Languedoc-Roussillon, Midi Libre.
  • 43. Pontcharra-sur-Turdine (Rhône), 29 mai : Géraldine, 39 ans, fonctionnaire au conseil régional, mère de trois enfants âgés de 5 à 10 ans. Battue à mort chez lui par son ex-conjoint, 45 ans, père des enfants. Elle a reçu au moins un coup à la tête, des objets ensanglantés ont été retrouvés près de son corps, dont un morceau de bois d’un mètre de long. Les trois enfants, retrouvés deux heures après le déclenchement d’une alerte enlèvement, étaient absents. Le père a été placé en garde à vue pour « homicide volontaire avec préméditation« , c’est à dire pour assassinat. Malgré cela, la préfecture du Rhône, relayée par la presse, se montre extrêmement pudique. La mère assassinée est à peine évoquée, tandis que les enfants sont présentés comme étant « sains et saufs » malgré l’assassinat de leur mère. Prétendre qu’ils sont sains et sauf, c’est nier l’ampleur des violences qu’ils ont subies en ce jour de Fête des Mères. Normandie Actu, Le Progrès. Géraldine se savait en danger : elle venait de quitter le domicile conjugal et avait dénoncé les violences physiques et psychologiques de son conjoint dans une main courante.

  • 41. Nîmes (Gard), 13 février : une femme, 57 ans. Battue à mort chez lui par un homme avec qui elle avait une relation sentimentale. Celui-ci lui a provoqué « une scène de violence majeure« . Il l’a rouée de coups au thorax et au visage. Il a dissimulé le corps dans le coffre d’un clic-clac, un canapé-lit. Il s’est enfui et ce sont deux autres hommes, visiteurs occasionnels qui ont découvert le corps. Le tueur est resté quatre mois en cavale jusqu’à son arrestation le 19 mai. Objectif Gard, Infos H24.
  • 40. Longpont-sur-Orge (Essonne), 13 mai : une femme, 39 ans, mère de deux enfants. Piégée et exécutée d’une balle dans la tête, chez elle, par son ex-compagnon, père des enfants. Il s’est d’abord rendu chez elle en son absence, et a tenté de tuer le nouveau compagnon de son ex. Celui-ci, policier, l’a délesté d’une des deux armes à feu du tueur, et a appelé les secours. Il s’est ensuite caché dans le parking. Il a tiré sur la femme alors qu’elle rentrait du travail, et s’est échappé. Transportée d’urgence à l’hôpital, elle est tombée en état  de mort cérébrale. Elle est décédée le soir suivant. Les policiers ont retrouvé les enfants au domicile du tueur. Ils ont traqué et arrêté l’assassin à l’issue d’une battue, son arme pointée sur sa tempe. Le Republicain de l’EssonneLe Dauphiné LibéréLe Parisien.
  • 39. Petite-Forêt (Nord), 12 mai : Jeannine Manche, 58 ans, agente de service en école, mère de quatre filles adultes. Exécutée chez eux d’une balle de fusil au coeur par son mari Bernard Manche, 59 ans, chauffeur de bus. Elle allait le quitter : ils étaient en instance de divorce. Il a prévenu une de leurs filles par SMS avant de se suicider, échappant ainsi à la justice. La Voix du Nord.
  • 38. Pringy (Haute-Savoie), 12 mai : une femme, 21 ans. Sauvagement poignardée chez elle par son ex-compagnon, 23 ans. Elle vivait avec son nouveau compagnon. Il a enfoncé la porte d’entrée, en pleine nuit, et s’est acharné sur elle à coups de couteau. Le compagnon et l’assassin l’ont ensuite transportée à l’hôpital, où elle a succombé. Le Dauphiné Libéré.
  • 37. Avermes (Allier), 5 mai : une femme. Exécutée chez eux d’un coup de fusil de chasse par son mari septuagénaire. Il s’est ensuite suicidé. La Montagne, L’Obs.
  • 35. Ajaccio (Corse-du-Sud), 1er mai : Savannah Torrenti, 24 ans. Battue à mort par son (ex-?) compagnon, 24 ans, chez lui. Il était sous l’emprise d’alcool et de drogue (MDMA). Il s’est enfui à l’arrivée des pompiers, que sa soeur avait appelés. Savannah Torrenti a été retrouvée dénudée et avait été rouée de coups, y compris à la tête. Elle n’a pu être ranimée. Le fuyard s’est rendu aux autorités après 10 heures de cavale. Il a initialement prétendu que la victime était décédée suite à deux accidents de voiture en rentrant de boîte de nuit. Corse-Matin, France 3 Corse Via Stella, Corse-Matin, France 3 Corse Via Stella.
  • 34. Mauprévoir (Vienne), 19 avril : Marie Jaud, 62 ans, et sa fille Corinne, 27 ans. Exécutées par balles chez eux par le mari/père Célestin Jaud, 74 ans, gardien de château à la retraite, ancien combattant et chasseur. Il a utilisé ses fusils de chasse. Il a prévenu leur autre fille par téléphone avant de se suicider. La Nouvelle République, La Nouvelle Republique.
  • 33. Fagnières (Marne), 18 avril : Germine Aslikian, employée dans un centre de rééducation, mère de deux enfants. Poignardée 16 fois devant son nouveau domicile, par son mari, Vrech Aslikian, 48 ans, qu’elle avait quitté un mois plus tôt. Il l’a ensuite prise en photo et a prévenu un proche. Il l’a transportée en voiture, morte ou agonisante. Puis il s’est pendu, échappant ainsi à la justice. L’Union. Installée en France depuis 2007, elle avait survécu aux violences ethniques et à l’exil. Il l’a tuée parce qu’elle venait de reprendre sa liberté de femme.
  • 32. Divonne-Les-Bains (Ain), 11 avril : une femme, voyante, 56 ans. Etouffée mi-janvier chez eux par son mari, 67 ans. Il avait initialement quitté le domicile pour un voyage et maquillé le crime en suicide, déclarant sa mort à son retour le 27 janvier. Il a été interpellé fin février, une deuxième autopsie vient de prouver qu’elle avait été asphyxiée. Le Progrès, 20 Minutes.
  • 31. Brive (Corrèze), 10 avril : une femme, 55 ans, mère de famille. Exécutée chez eux, durant son sommeil, de  trois balles dans la tête avec un pistolet à un coup, par son mari de 76 ans. Il a aussi tué leur chien. Il a préparé quelques documents financiers à l’attention de leurs enfants, et rédigé une lettre blâmant sa femme pour son crime avant de se suicider. Le couple devait partir en vacances en Thailande, une voisine qui venait nourrir le chien a découvert les trois corps. Le Point, France3 Limousin, France Bleu.
  • 30. Novale (Haute-Corse), 8 avril : Beata Ewa Majewska, 43 ans, mère de deux enfants. Étouffée ou étranglée chez elle à Cervioni dans la nuit du 20 au 21 mars. Son mari Stanislaw Majewski l’a étouffée ou étranglée puis a dissimulé son corps à une vingtaine de kilomètres, à Novale d’Alesani. Il a avoué le meurtre en garde à vue, dans le cadre de l’enquête sur la disparition de Beata. Il a été mis en examen pour meurtre avec circonstances aggravantes et dissimulation. France 3 Corse, Corse Net Infos, Corse-Matin. Polonaise, elle était arrivée en France en 2012 et parlait très peu le français. Les femmes victimes de violences conjugales sont d’autant plus vulnérables et isolées lorsqu’elles vivent en pays étranger, loin de leurs proches.
  • 29. Bras-Panon (Réunion), 6 avril : Patricia Ramalingom, 50 ans, agent d’entretien, mère de 3 enfants adultes. Exécutée dans son ancien domicile conjugal par son mari Maximin Sinédia, qu’elle avait quitté en début d’année. Sous prétexte de lui remettre des documents, il l’avait fait revenir et l’a poignardée avec un couteau de chasse. Patricia Sinédia Ramalingom se savait en danger : depuis début 2016 elle avait porté plainte auprès de la gendarmerie puis de la police, et était en attente d’un logement de la part du Centre Communale d’Action Sociale. La première plainte avait été ignorée par la gendarmerie, sous prétexte que son mari était gravement malade. Pourtant le danger était avéré, Maximin Sinédia avait notamment provoqué un incendie en janvier. Clicanoo, LINFO.re, Réunion La 1ère. Selon l’entourage, Patricia venait de prendre sa retraite et prenait soin d’elle-même. Son fils aîné de 31 ans, handicapé, né d’une précédente union, vivait encore avec elle.
Les féministes basques appellent à se mobiliser pour Natalie Van Put et contre les violences sexistes

Appel à la mobilisation des féministes basques

  • 28. Bidart (Pyrénées-Atlantiques), 4 avril : Natalie Van Put, artisane, 34 ans, mère d’un enfant de 9 ans. Blessée à la tête par son compagnon Alain Pignot, 48 ans, dans le garage où ils travaillaient tous les deux. Il lui a notamment infligé une large plaie à la tête avec un objet contondant, puis s’est suicidé. Laissée pour morte, elle est décédée le lendemain 5 avril à l’hôpital de Bayonne. Alain Pignot avait déjà été condamné pour violences conjugales sur Natalie le 13 novembre 2014. Sud Ouest, 20 Minutes. Leur enfant, qui était à l’école lors du crime, a été pris en charge par ses grands-parents maternels, arrivés d’Espagne. Les féministes de la Marche mondiale des femmes du Pays Basque – Action Internationale appellent à se mobiliser les 8 et 9 avril.
  • 27. Pornichet (Loire-Atlantique), 30 mars : une femme, 66 ans, atteinte d’un cancer. Abattue chez eux avec une carabine par son mari, 69 ans, retraité. Il s’est suicidé. Ouest France, L’Echo de la Presqu’île.
  • 26. Port-d’Envaux (Charente-Maritime), 28 mars : Maryvonne Gaillard, 73 ans, retraitée. Exécutée chez eux avec un fusil de chasse par son mari, René Gaillard, 73 ans, ancien gendarme et chasseur. Elle venait de faire ses valises pour le quitter, après des années de souffrances (violences conjugales ?). Il a prévenu ses proches par téléphone, puis s’est suicidé pour échapper à la justice. France 3 Poitou-Charentes.
  • 25. Mont-de-Marsan (Landes), 27 mars : Elodie, 30 ans, et sa fille de 18 mois. Battues à mort chez eux par le conjoint/père, Guillaume Dautremont, 40 ans. Quelques jours avant, Elodie avait indiqué à sa famille sa peur de lui et son intention de le quitter. Déjà condamné dans une affaire de meurtre, il était sous l’emprise d’amphétamines. Il a aussi tenter de violer et roué de coups une amie qui se trouve entre la vie et la mort à l’hôpital. Il a ensuite frappé sa mère chez elle, qui a appelé la police. Sud Ouest, France Bleu, Sud OuestLe Parisien.
  • 24. Laroque d’Olmes (Ariège), 25 mars : une femme, 63 ans, mère. Abattue chez elle d’un coup de fusil par son mari, 66 ans. Agent d’assurance à la retraite, il était surendetté et soupçonné d’avoir escroqué 200000 € à des personnes âgées. La Dépêche, La Gazette Ariégeoise.
  • 23. Vivonne (Vienne), 25 mars : Sylvie Bonnelle, 55 ans, formatrice en éducation physique à l’IUFM de Poitiers, mère de deux jeunes adultes. Tuée chez eux par son compagnon, Fernand Weisslinger, 54 ans, médecin au centre de réadaptation de Civray. Il l’a battue, lui a enfoncé le crâne avec un objet contondant, puis l’a étranglée. Il s’est suicidé. La Nouvelle République, France Bleu, France Bleu.
  • 22. Sorbiers (Loire), 25 mars : Samantha, 30 ans, mère d’un bébé de 18 mois. Assassinée par son mari Aurélien, 30 ans, qu’elle venait de quitter un mois plus tôt. Piégée à leur domicile conjugal. Elle était venue récupérer quelques affaires, croyant qu’il était sorti. Il avait en effet caché sa voiture et s’était caché dans la maison. Il a poignardé Samantha à 66 reprises, avec trois couteaux différents, ayant cassé les deux premiers. Il a inscrit des notes numérotées au marqueur sur les murs, pour commenter le déroulement du massacre. Il a été retrouvé inconscient, intoxiqué d’alcool et de médicaments, à bord de sa voiture accidentée. Leur bébé se trouvait chez sa nourrice. Le Progrès, France Bleu, Europe 1. Alors qu’elle avait porté plainte pour violences conjugales, les autorités n’avaient pas compris qu’elle avait besoin de protection. Pourtant la préméditation ne fait aucun doute. ActivRadio, France Bleu.
  • 21. Loyettes (Ain), 24 mars : une femme, 86 ans. Elle aurait été tuée chez eux à coups de fusil par son mari, 87 ans, retrouvé blessé et transporté à l’hôpital. Le Progrès, La Voix de l’Ain.
  • 20. Rouen (Seine-Maritime), 9 mars : Virginie Gomis-Camara, 35 ans, sans emploi, mère de 3 enfants. Poignardée chez eux par son conjoint Moussa Camara, 42 ans, sans emploi. Leurs deux bébés étaient présents : un garçon de 17 mois et une fille de 4 mois. Une voisine est courageusement intervenue pour prendre soin des enfants et les protéger, jusqu’à l’arrivée des secours qu’elle avait prévenus. Les deux enfants ont été emmenés en observation à l’hôpital, accompagnés par leur grande soeur de 15 ans, fille aînée de la victime née d’une autre union. Moussa Camara était déjà connu de la police pour des faits de violences conjugales. Paris Normandie.fr.
  • 19. Le Tampon (Réunion), 8 mars : Marie-Andrée Corré, 50 ans, mère de 3 enfants nés d’une précédente union. Exécutée dans sa voiture, devant chez eux, par son ex-compagnon Jean-Jacques Payet, 56 ans, agent communal, qu’elle allait ou venait de quitter. Il s’est suicidé avec son arme à feu. L’info.re, Réunion La 1ère, L’info.re. Marie-Andrée est la 4eme victime Réunionnaise : présidente du Cevif, Thérèse Baillif réagit. Les filles de Marie-Andrée, Maryssa et Naomie, ont également témoigné dans la presse : « on ne tue pas par amour, on ne frappe pas par amour, on n’insulte pas par amour… faut stopper tout ça. » (Vidéo). Elles organisent une marche blanche le 17 avril.
  • 18. Alès (Gard), 27 février : Carine, 25 ans. Mère d’un enfant de 3 ans, devant qui elle a été suivie, piégée et exécutée dans sa voiture par son ex-conjoint, policier. Il s’est enfui avec l’enfant avant de se rendre. Il aurait utilisé son arme de service : l’état d’urgence censé renforcer la lutte contre le terrorisme islamiste facilite le terrorisme intime exercé par certains représentants de la force publique. Le Figaro, Midi Libre. Lire aussi la réaction de Sans Compromis. Un hommage lui est rendu sur les lieux du crime le 29 février à 20:00.
  • 17. Le Port (Réunion), le 26 février : Jocelyne Bègue, 56 ans, retraitée, mère de famille. Poignardée chez eux par son mari Alain Payet, ex-policier à la retraite qu’elle voulait peut-être quitter. En 1996 il avait été condamné à 15 ans de prison pour viol sur mineur. L’info.re, Clickanoo.re, Zinfos974.
  • 16. Goetzenbruck (Moselle), 25 février : Nathalie Stein, 46 ans, aide-soignante, mère d’un étudiant âgé de 19 ans. Egorgée chez eux par son mari Serge Eschenbrenner qui s’est suicidé. Des tensions existaient déjà dans le couple (violences conjugales ?). Le Républicain Lorrain.
  • 15. Neuville-aux-Bois (Loiret), 14 février : Tatiana, 27 ans, et deux enfants, Melora, 10 mois et Loan, 6 ans. Egorgés chez eux par le mari et père, Rémy Taudin, 26 ans. Il est resté actif 24 heures, sur Facebook notamment, avant de se suicider. La Montagne, la Rep, L’Avenir.net, La Rep, Metro.
  • 14. Reuilly (Eure), 14 février : une femme, 84 ans. Blessée d’une balle à la tête, chez eux, elle est décédée le soir suivant à l’hôpital. Son mari s’est suicidé après avoir tirée sur elle. Paris Normandie.
  • 13. Saint-Raphael (Var), 12 février : Sonia Quentin, 42 ans, vendeuse. Exécutée par balles dans la bijouterie où elle travaillait, par son ex-mari qui s’est suicidé. Elle avait porté plainte contre X le jour-même. Var Matin, France Bleu, Nice Matin.
  • 12. Saint-Pierre-d’Alvey (Savoie), 7 février : Fabienne Bizolon, 53 ans, gestionnaire de patrimoine, mère de deux adolescentes. Violée et étranglée chez ses beaux-parents par son mari Olivier Bizolon, 45 ans, qui ne supportait pas la séparation. Après s’être débarrassé du corps, il a été retrouvé accidenté au volant d’une Porsche. Le couple avait été candidat aux élections cantonales en 2015. Le Dauphiné Libéré, France 3 Alpes, Le Dauphiné.
  • 11. Récicourt (Meuse), 1er février : Sylvianne Déchery, 57 ans, travaillant à l’ADMR, mère d’enfants adultes. Exécutée chez eux d’un coup de fusil, par son compagnon Alain Champagne, président d’une société de chasse, qu’elle voulait quitter. Il s’est suicidé. L’Est Républicain.
  • 10. Avignon (Vaucluse), 1er février : une femme, 33 ans, mère active d’un ado de 13 ans. Poignardée chez eux de plusieurs coups de couteau, dont un très violent à la nuque, par son compagnon, père de l’enfant, qu’elle voulait quitter. Source : La Provence.
  • 9. Dijon (Côte d’Or), 29 janvier – Léa Gougeon, 18 ans, étudiante. Etouffée chez lui par son compagnon jaloux, Aymeric Quillet. Il s’est ensuite suicidé. Sources: France 3 Bourgogne, Le Bien Public.
  • 8. Livry (Nièvre), 25 janvier – une femme, 22 ans, enceinte et mère d’une fille de 3 ans. Tuée chez eux d’une balle dans la tête par un tir accidentel de son conjoint, qui voulait tuer des rats. Source : France 3 Bourgogne.
  • 7. Civaux (Vienne), 20 janvier – Chantal Delaunay, 45 ans, mère de famille. Etranglée chez elle par un ex-petit ami, Kevin Lefebre. Source : la Nouvelle République.
  • 6. Fameck (Moselle), 17 janvier – Elvira Adrovic, 36 ans, mère de 5 enfants âgés de 7 à 13 ans. Poignardée chez eux par son mari en état d’ébriété, qui a abandonné sur place ses enfants présents dans l’appartement. Source : Le Républicain Lorrain.
  • 5. Béziers (Hérault), 17 janvier – Marina, 24 ans, mère d’une fille de 2 ans. Poignardée chez eux de 14 coups de couteau, par son conjoint qu’elle allait quitter. Il l’a laissé se vider de son sang jusqu’à l’arrivée des secours, qu’elle avait appelés. Source : Midi Libre. La petite fille sous le choc a été hospitalisée.
  • 4. Sainte Marie (La Réunion), 21 janvier – Géraldine Nauche, 38 ans, mère de famille. Exécutée sur un parking devant sa mère et son fils, par son mari Didier Nauche qu’elle venait de quitter. Il l’a percutée avec son 4×4 puis l’a poignardée avant de s’enfuir. Sources : LINFO.re, Clicanoo. Témoignage de la mère sous le choc.
  • 3. Villeurbanne (Rhône), 8 janvier – Ingrid Gonfo, 22 ou 23 ans, Réunionaise. Massacrée de coups de poing et de 120 coups de couteaux par son compagnon Ludovic Mithra, ex-champion de kick-boxing, qui a d’abord prétendu s’inquiéter de sa disparition. Sources : LINFO.re, Réunion la 1ère. L’association « Bout par bout Marmaille la Cour » a organisé une soirée artistique le 29 janvier, en hommage à Ingrid Gonfo mais aussi à toutes les femmes tuées par teur conjoint.
  • 2. Garons (Gard), 6 janvier – une femme, 57 ans, aide-ménagère. Piégée et exécutée dans la rue, d’une balle dans la tête par son ex-mari, qui s’est suicidé. Sources : le Midi Libre et France 3.
  • 1. Taravao (Tahiti), 3 janvier – une femme, 26 ans, mère d’un enfant de 3 ans. Poignardée onze fois, chez elle, par son mari qui s’est immolé par le feu. Il avait d’abord envoyé leur enfant chez sa soeur. Source : La dépêche de Tahiti, TNTV, Polynésie La 1ère.

 

Soiree hommage à toutes les femmes tuées par leur conjoint

29 janvier – Soirée hommage à Ingrid Gonfo par ‘Bout par bout Marmaille la Cour’

Les articles cités emploient toujours le même vocabulaire qui minimise la gravité de ces crimes : « crime passionnel »- l’adjectif qui porte l’accent sur la prétendue souffrance du tueur et invisibilise celle de la victime. Pire encore quand les mots atténuent la responsabilité du meurtrier : « drame familial » et « drame conjugal » pour décrire des meurtres, infanticides et féminicides, « disputes conjugales » pour décrire des agressions d’un homme contre sa conjointe, « drame de la séparation », etc. Sans oublier les tournures passives qui évitent de nommer l’agresseur.

Ce vocabulaire témoigne du manque de sensibilisation des journalistes, mais aussi des policiers et des magistrats qu’ils citent.

Par ailleurs les crimes sont classés « fait divers », comme s’il s’agissait d’événements anecdotiques et banals, alors que notre société semble touchée par une épidémie de meurtres conjugaux, qu’elle échoue à prévenir et à guérir.

Or, comme le dit très justement cette pétition (à signer !!!), comment peut-on prévenir et juger ce qu’on échoue à nommer ?

 

Ces deux textes de Sporenda sont indispensables pour mieux décoder les mythes sur les meurtres conjugaux véhiculés par notre langage :

Ces deux textes datent de 2004, mais restent d’actualité : rien n’a changé depuis. A consulter aussi, des articles plus récents :

 

Nous attendons la justice au tournant.

PAS DE JUSTICE, PAS DE PAIX

Cette liste est le fruit d’un travail de veille collectif réalisé avec Brigitte, Garance, Flore, Stéphanie. N’hésitez pas à nous indiquer en commentaire d’autres féminicides que vous avez repérés.

Consulter aussi :

– le recensement sur le blog Sus aux Féminicides par Christine Gamita : Stèle Combien ?

– le Tumblr de Sophie Gourion qui dénonce le traitement journalistique des violences faites aux femmes : Les mots tuent

– 8 mars : Arrêtez de nous tuer ! par Pauline Arrighi

 

Dear @fhollande… Because Jacqueline is worth it

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On 23rd January, French women will demonstrate in Paris. They will ask President François Hollande to grant a pardon to Jacqueline Sauvage, who fatally shot her abusive and incestuous husband. Her sentence of 10 years imprisonment for murder was recently upheld by the appeal court, ignoring the 47 years of cruelty inflicted by the deceased upon Jacqueline Sauvage and her children.

Unfortunately, on 23rd January, French President François Hollande probably has other priorities. He is set to arrive in India to be the chief guest at the Republic Day celebrations in Delhi on 26th January. While we French women have to talk self-defence and domestic abuse to our President, he has to talk defence, counter-terrorism and business to Narendra Modi. What if Indian women could make our voices heard…

I wrote him a letter (French version here):

Dear François Hollande,

For the past few weeks, we’ve been asking you to grant a pardon to Jacqueline Sauvage, to no avail. The extent of damage caused by domestic violence is grave enough to demand a state of emergency. However you’ve expressed nothing but sovereign disdain towards Jacqueline Sauvage, a survivor of 47 years of intimate terrorism.

Aishwarya Rai Festival de Cannes

Aishwarya

Since three lakhs signatures are not enough to attract your attention, let’s try something else. They say you’re fond of actresses? We’ll talk about Aishwarya Rai. Former Miss World, Bollywood star, brand ambassador of L’Oréal, and a regular visitor at Cannes Festival: pure glamour. And yet, Aishwarya Rai is also a domestic violence survivor. An experience she shared with her fans in Provoked. Screened at Cannes in 2006, this movie was inspired by the true story of Kiranjit Ahluwalia.

Kiranjit Ahluwalia et Aishwarya Rai Bachchan

Kiranjit & Aishwarya

In 1989 in the United Kingdom, this Indian origin woman set fire to her husband Deepak, in reaction to 10 years of physical, sexual and psychological abuse which she had to endure since her arrival from India. That day he had threatened her with a hot iron. She waited until he slept, then poured a petrol based mixture on his legs and set it alight.

Kiranjit Ahluwalia was charged with murder and imprisoned for life. In jail, she received the support of the Southall Black Sisters (SBS), an NGO helping black (Asian and African-Caribbean) and minority ethnic women. Thanks to their landmark campaign, a retrial was ordered. The defence put forward the concept of « diminished responsibility » based on her long standing depression due to the abuse, and suggested a new interpretation of the concept of « provocation »: for battered women subjected to years of cumulative provocation, the time-lapse between an act of provocation and the fatal act can be seen as a « boiling-over » period rather than a « cooling-off » period.

Indeed, in Jacqueline Sauvage’s case, the gap of few hours has been misinterpreted as a cooling-off period, and premeditation was even suggested (before being ruled out). Jacqueline Sauvage had also waited few hours before shooting her husband, in reaction to a severe beating he had inflicted upon her. Her lawyers’ plea for self-defence was rejected.

In 1992, the murder charge against Kiranjit Ahluwalia was reduced to manslaughter. She was eventually convicted to 3 years and 4 months imprisonment, exactly the time she had already served. Contrary to Jacqueline Sauvage, Kiranjit Ahluwalia walked free out of her second trial. The campaign has helped mobilize public opinion and communities on the topic of domestic violence, and improve the law in the United Kingdom.

Southall_Black_Sisters_celebrating_Kiranjit_Ahluwalia_campaign

Kiranjit Ahluwalia and the Southall Black Sisters

This happened in 1992, accross the Channel. Two decades later in France, we still jail battered women who resist their assaulter…

François, dear, we are not asking much for Jacqueline Sauvage. We wished Jacqueline had benefited from an efficient justice, which would have brought her husband’s impunity to an end. On 3rd December we were hoping for a verdict of acquittal.

But now, all we ask is a very patriarchal gesture from you. Presidential pardon remains a regal privilege, inherited from our former kings. So what’s the problem?

We only want Jacqueline Sauvage and her daughters to fulfill their dream of reunion. For the first time in their life, they could spend time together without the threat of their oppressor.

I look forward to your answer. Meanwhile we’re out in the streets today, in support to Ms Sauvage.

Diké

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Readings:

 

Please join the 300,000 persons who already support the daughters’ plea for presidential pardon: sign the petition!

Carte Postale Jacqueline Sauvage pour François Hollande

Postcard template to be addressed to François Hollande

Lettre à François Hollande, parce que Jacqueline le vaut bien

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Cher François Hollande,

Depuis quelques semaines, nous t’avons demandé en vain de gracier Jacqueline Sauvage. Malgré l’ampleur des dégâts causés par les violences conjugales, qui justifieraient bien un état d’urgence, nous nous sommes heurtés à ton dédain souverain. Tu n’as pas eu un mot pour Jacqueline Sauvage, victime pendant 47 ans de terreur domestique.

Aishwarya Rai Festival de Cannes

Aishwarya

Puisque deux cent mille signatures ne suffisent pas, il faut changer de registre. On dit que tu t’intéresses aux actrices? Parlons d’Aishwarya Rai. Ancienne Miss Monde, star de Bollywood, égérie de L’Oréal, habituée du festival de Cannes: que du glamour. Et pourtant, Aishwarya Rai est aussi une survivante de violences conjugales. Une expérience qu’elle a partagé avec ses fans dans le film Provoked, présenté à Cannes en 2006, et inspiré de l’histoire vraie de Kiranjit Ahluwalia.

Kiranjit Ahluwalia et Aishwarya Rai Bachchan

Kiranjit & Aishwarya

En 1989 en Grande-Bretagne, cette femme d’origine indienne mis le feu à son mari Deepak, en réaction à 10 ans de violences physiques, sexuelles et psychologiques qu’elle endurait depuis son arrivée d’Inde. Ce jour-là il l’avait menacée en brandissant un fer à repasser chaud. Elle attendit qu’il s’endorme, et lui versa de l’essence sur les jambes avant d’y mettre le feu.

 

Kiranjit Ahluwalia fut initialement condamnée à perpétuité pour meurtre. En prison, elle reçut le soutient des Southall Black Sisters (SBS), une ONG militant pour les droits des femmes d’origine asiatique et afro-caribéenne ou issues de minorités ethniques. Grâce à leur combat pionnier, les SBS réussirent à faire rejuger l’affaire en appel. Elles introduisirent la notion de « responsabilité diminuée » pour cause de grande dépression dont souffrait Kiranjit au moment des faits, et proposèrent une nouvelle interprétation de la notion de « provocation », qui tienne compte de l’expérience particulière vécue par les femmes battues : les activistes soulignèrent que l’accumulation des violences conduit les victimes à se consumer à petit feu, à bouillonner intérieurement de rage et de peur, ce qui peut expliquer un délai entre la provocation violente du mari, et la réaction fatale de la femme. Ce délai joue habituellement contre elle, s’il est interprété comme une période de réflexion, voire de préméditation.

Ce délai a effectivement joué contre Jacqueline Sauvage, qui a attendu plusieurs heures avant de tuer son mari, en réaction à la bastonnade qu’il lui avait infligée.

En 1992, la mort de Deepak fut requalifiée en homicide involontaire (« manslaugther ») au lieu de meurtre. Kiranjit Ahluwalia fut finalement condamnée à 3 ans et 4 mois de détention, la durée exacte qu’elle avait déjà passée en prison. Contrairement à Jacqueline Sauvage, Kiranjit Ahluwalia ressortit libre du procès en appel. Le procès a fait jurisprudence en Grande-Bretagne et a permis d’améliorer la loi.

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Kiranjit Ahluwalia et les Southall Black Sisters

C’était en 1992, outre-Manche. Deux décennies plus tard, en France, nous en sommes encore à enfermer les femmes violentées qui résistent à leur agresseur…

François, nous ne te demandons pas grand chose pour Jacqueline Sauvage. Nous aurions voulu une justice efficace qui aurait mis fin à l’impunité de Norbert Marot. Nous espérions un verdict d’acquittement le 3 décembre dernier.

Mais à présent, tout ce que nous te demandons, c’est un geste bien patriarcal. La grâce présidentielle reste le fait du Prince, un héritage de l’Ancien Régime. Alors qu’est-ce qui te bloque ?

Nous voulons simplement que Jacqueline Sauvage et ses filles puissent réaliser leur souhait de passer du temps ensemble.

Dans l’attente de ta réponse, je t’informe que nous allons continuer à nous faire entendre. Rendez-vous le 23 janvier prochain

Diké

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A Lire:

 

Écrivons à François Hollande ! c’est simple : vous imprimez la carte postale ci-dessous, vous rajoutez vos nom et prénom, pas besoin de coller un timbre (c’est sans timbre pour écrire au président), et hop dans la boite aux lettres ! et vous êtes libres bien entendu de rajouter un petit mot au dos !
Submergeons la boite aux lettres de l’Elysée ! A vos stylos !
Source : Groupe de Soutien à Jacqueline Sauvage

Carte Postale Jacqueline Sauvage pour François Hollande

 

 

 

 

 

Violences conjugales, la mort en sursis

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Septembre 2012. Elle entendit le bruit de ses pas lents, caractéristique des mauvais jours. La crise qui couvait depuis quelques jours etait imminente, elle s’y prépara. Lorsqu’il déboula, elle s’efforçait de paraître concentrée sur le rangement de ses dossiers. Elle fit mine d’ignorer ses narines dilatées et son regard suspicieux, annonciateurs du danger.

Elle encaissa les coups de poings et de pieds, prostrée, car le moindre signe de résistance n’aurait fait qu’attiser sa colère haineuse. Prostrée car elle aurait cent fois préféré mourir d’un coup, sous ses coups, que cette mort à petit feu qu’elle endurait depuis si longtemps.

Ses enfants et petit-enfants ne la visitaient plus depuis longtemps, pour se préserver de leur bourreau. Ses voisins l’évitaient soigneusement. Les médecins à qui elle s’était confiée se contentaient de lui prescrire toutes sortes d’anti-douleurs, somnifères et antidépresseurs, qui l’assommaient mieux encore que n’importe quelle baffe.

Elle s’appliqua donc à offrir ce visage de morte en sursis, le regard vide, pour satisfaire son bourreau et écourter la bastonnade. Cela lui etait très facile car elle ne ressentait plus vraiment les douleurs physiques ; elle savait garder ses distances avec son propre corps meurtri.

Elle avait renoncé à vivre, mais pas à survivre. Tant que ses enfants l’aimaient, elle conservait l’espoir de passer quelques moments sereins avec eux, après la mort de son mari. Ou pourquoi pas après son divorce, si elle réussissait à régler leurs problèmes financiers qui l’empêchaient de partir, croyait-elle.

L’autre s’arrêta rapidement, satisfait par le regard inexpressif de sa victime. Et aussi écrasé par le poids de l’alcool, de la colère et de son immense blessure narcissique. Il se retira pour pour la laisser se reposer. Il fallait qu’elle récupère, juste assez pour reprendre ses tâches quotidiennes mais pas assez pour réfléchir avec lucidité à la gravité de sa situation.

Mais aujourd’hui son instinct de survie fut plus pressant que d’habitude. Il fallait que ce soit la dernière fois. Il fallait en finir.

En discuter, lui imposer un ultimatum ne servirait à rien. Elle fit donc son sac, n’emportant que quelques habits, ses médicaments et quelques papiers d’identité, ainsi que des photos de ses enfants. Elle dut louvoyer dans la maison pour éviter d’être repérée, son cœur battait à tout rompre. La maison restait calme, elle commença à se sentir confiante et même heureuse de ce nouveau départ. Ce n’était pas la première fois qu’elle partait, mais pour la première fois ce départ lui paraissait une victoire.

Lorsqu’elle ouvrit la porte du garage, elle se glaça : il se tenait droit devant elle, la menaçant avec son fusil de chasse. Il lui ordonna froidement de faire demi-tour.

Mais elle n’avait plus peur de lui depuis longtemps. Elle refusa d’écouter ses menaces, et haussa les épaules lorsqu’il se fit larmoyant. Elle affirma qu’elle ne prenait que quelques jours de vacances bien méritées, mais la détermination qu’il lut dans ses yeux le convainquit du contraire. Elle essaya d’appeler les secours, il arracha son téléphone portable. Il avait pris soin de verrouiller la porte du garage pendant qu’elle bouclait son sac.

On retrouva son corps inerte quelques jours plus tard, lorsque ses enfants signalèrent leur inquiétude aux autorités locales. Le mari fut rapidement acculé à reconnaître sa culpabilité. Il expliqua les fréquentes querelles dues à la mauvaise passe de leur entreprise et à l’instabilité psychologique de son épouse (n’était-elle pas sous antidépresseurs). La dispute avait dégénéré. Il pleurait chaudement ; avec la perte de sa femme c’est son monde qui s’écroulait. Il regrettait ses coups de sang et louait les qualités de son épouse exemplaire.

Il avait pris soin de ranger le fusil, puisqu’il ne l’avait pas utilisé. Il valait mieux éviter d’évoquer certains détails inutiles.

Les voisins n’avaient rien entendu, enfin rien de plus que d’habitude.

Décembre 2015. Devant ses aveux rapides, ses remords affichés et son âge avancé, le jury se montre compréhensif. Il est condamné à quelques années de prison ferme, 3 ans peut-être ?

escalier vers la salle de torture

Wicklow Gaol Stairs – source Flickr/Greg Clarke

148 femmes sont mortes sous les coups de leur conjoint en 2012. Jacqueline Sauvage aurait pu être la 149ème, si elle ne s’était pas armée du fusil de son tortionnaire, pour mettre fin à 47 ans de violences indicibles.

Ou alors elle se serait peut-être suicidée, comme son fils. Dans tous les cas, elle était battue d’avance, abandonnée à son sort par la société.

Notre justice l’a condamnée à 10 ans de prison pour avoir survécu à un demi-siècle de violences aussi terribles qu’intimes.

Jacqueline Sauvage est privée de liberté depuis 50 ans : 47 sous l’emprise d’un homme tyrannique et pervers, et 3 en détention. Tout ce qu’elle souhaite, c’est passer du temps avec ses filles, survivantes elles aussi. Des moments précieux, pour la première fois sans leur bourreau.

Il est urgent de libérer Mme Sauvage !

Ses filles, soutenues par des artistes, et des parlementaires ont déposé une demande de grâce présidentielle. Nous citoyen-ne-s réclamons aussi la grâce, nous sommes déjà plus de 200 000 à avoir signé la pétition.

François Hollande, grâciez Jacqueline Sauvage !

En ce moment même, d’autres femmes sont violentées par leur conjoint. Elles subissent des violences psychologiques, sexuelles, physiques, économiques. Elles vivent dans un état de vigilance permanent, concentrant leurs ressources à survivre et à protéger leurs enfants.

Il faut faire appliquer les lois censées les protéger.

Il faut aussi continuer à améliorer ces lois, et instaurer une présomption de légitime défense pour les victimes de violences conjugales, qui prenne en compte leur état de stress post-traumatique.

Afin qu’un amour funeste ne soit plus une condamnation à mort avec sursis.

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A lire :

 

 

L’épouse du justicier-prostitueur répond

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Un valeureux citoyen a pu lire dans la presse que justice a été rendue  grâce à sa courageuse initiative : une lettre anonyme pour dénoncer à la police les magouilles d’une mère de famille en situation précaire, qui rechignait à se prostituer, l’insolente. La lettre :

Marié et heureux dans mon couple, il m’arrive parfois de faire appel aux services d’escort girls […]. Je suis reparti uniquement soulagé de 130 euros remis à la fuyarde mais bien décidé à ne pas en rester là. Non pas que la somme perdue dans l’affaire mette en cause mon équilibre budgétaire, ni que ma santé affective en fut atteinte, mais au nom de ceux qui auraient à connaître la même mésaventure et pour qui le montant de la prestation représenterait un certain effort financier

Suite à la publication de cette lettre, le journal aurait pu recevoir une réponse de ce type :

J’ai reconnu le style pompeux de mon mari dans sa lettre de dénonciation. 

Marié et heureux dans notre couple, pas étonnant. Notre mariage l’exonère de toutes sortes de responsabilités domestiques et financières, puisque c’est moi la principale source de stabilité du foyer. Non seulement je gère la plupart des tâches domestiques, mais en plus il dépend de moi financièrement depuis qu’il enchaîne des CDD, tandis que mon activité de travailleuse indépendante nous rapporte un certain confort matériel, au prix d’une somme de travail énorme que j’assume seule, y compris le soir et le week end. Je m’étais initialement mise à mon compte pour travailler à la maison tout en m’occupant des enfants.

Maintenant que nos enfants sont adultes, je continue à travailler dur pour faire face au style de vie prolifique de mon mari. Notre équilibre budgétaire peut se résumer ainsi: je gagne l’argent, il le dépense. Pas étonnant que ces 130 EUR perdus ne l’affectent pas. Mais pour moi ce sont des heures de travail effectuées pour rien. Je préférerais qu’il dépense moins, pour me permettre d’avoir du temps libre. 

Du temps et de l’énergie, je n’en ai pas assez pour m’occuper de moi, et moins encore de lui. Mon mari me reproche régulièrement de ne pas être assez disponible pour le « soulager » sexuellement. Il a souvent suggéré, sur le ton de la boutade, qu’il serait contraint d’aller voir des filles ailleurs si je ne me pliais pas suffisamment au devoir conjugal. 

De là à imaginer qu’il irait voir une autre mère de famille pour profiter de sa situation, il y a un pas que je n’avais pas franchi jusqu’à présent.

Il est grand temps de responsabiliser les hommes qui croient pouvoir exiger un rapport sexuel non désiré à une femme sur laquelle ils estiment avoir des droits monnayables.

Il est grand temps, au nom de CELLES pour qui le montant de la prestation représente un certain effort financier, et affectif

Mais nos sénateurs viennent une fois de plus de montrer leur détermination à protéger les courageux clients de la prostitution. 

Et pour rester dans le registre épistolaire, une belle lettre à lire, authentique, et signée. Elle est adressée à nos sénateurs par Rosen Hicher, survivante de la prostitution, au nom de 250 femmes.

Apologie du viol, une indignation à géométrie variable

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Hier soir, j’ai découvert que les Pick Up Artists (PUA), ces VRP en misogynie et violences conjugales, ont d’actifs avatars chez les intégristes musulmans. Notamment ceux qui sont à l’honneur ce week-end lors du « Salon musulman du Val d’Oise, dédié à la femme musulmane » et surtout à la misogynie et au racisme.

En apparence, le libertinage mercantile des PUA s’oppose au rigorisme des prédicateurs islamistes. Et pourtant, dans cette conférence « Le Mariage de A à Z » organisée par l’EMJF, l’Espérance Musulmane de la Jeunesse Française, le 12 mai 2012, que de similarités entre ces deux sous-cultures masculines :

  • l’entre-soi masculin et jeune : des hommes jeunes parlent aux « frères »
  • le problème : leurs frustrations de célibataires dans une société hypersexualisée
  • les techniques de manipulation et propagande : solutions simplistes, honte, pression sociale, peur de l’échec, argument d’autorité…
  • le contenu misogyne : stéréotypes sexistes – les femmes sont vénales, jalouses et superficielles-, et culture du viol, allant jusqu’à la justification du viol conjugal, en conclusion de la conférence.

Vidéo de la conférence misogyne de l’EMJF sur le mariage. Quelques perles que les visiteurs du salon entendront peut-etre à nouveau demain : la femme a le privilège d’être soumise à un « tuteur » (le père en priorité) ; « on épouse une femme pour quatre raisons : son argent, sa famille, sa beauté, sa religion » ; « parlons d’abord des droits de l’épouse : […] les hommes ont autorité sur les femmes » ; « l’obéissance à ton mari t’élève ma soeur« , « la place de la femme est de rester dans vos demeures« , « la femme ne sort de chez elle que par la permission de son mari, en cas de nécessité et de besoin » ; « Troisième point : que tu lui obéisses aussi quand il te demande d’avoir des rapports intimes avec toi, c’est un droit qu’il a« . etc. Une vidéo en ligne depuis 3 ans sur youtube, à signaler pour son contenu haineux (en particulier entre 1h40 et 1h45).

Contrairement aux raouts des PUA, cette conférence était peut-être gratuite en 2012. Mais ce week-end, on retrouve ces prêcheurs de haine misogyne dans un salon à vocation commerciale, propulsé par la société Isla Events et son patron Farouk Benzerroug.

Le moteur de l’argent et de la notoriété, encore un point commun avec les Pick Up Artists. Au salon de Pontoise, « La femme musulmane » sera une consommatrice, qu’on encourage à faire du shopping communautariste, et pour ce faire, qu’on va aider à gagner de l’argent (espace « entrepreneuriat »).

Femmes actives économiquement oui, tant que cela rapporte à leurs familles, et qu’elles restent soumises à leurs bourreaux masculins.

Visiblement le sort de ces femmes préoccupe peu. L’indignation est bien discrète ce soir. Un silence assourdissant comparé aux habituelles clameurs qui s’élèvent lorsque nous dénonçons le voile comme symbole de propagande et d’oppression des femmes musulmanes, utilisé par ces mêmes prédicateurs.

Comment expliquer l’indifférence de notre société : relativisme culturel empreint de racisme ? résignation face au caractère privé d’une entreprise commerciale ? Mépris des violences conjugales, tant qu’elles sont invisibles ?

Pick Up Artist ou Prêcheur de haine misogyne, même combat

Pick Up Artist ou Prêcheur de haine misogyne, même combat

DSK, le proxénétisme discret et la main invisible

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Le procès du Carlton vient enfin de commencer, et pour la première fois DSK doit répondre de violences misogynes au tribunal. Malgré l’accumulation des affaires DSK, certains semblent s’obstiner à défendre le violeur accusé de proxénétisme aggravé.

Ce tweet nous rappelle certains principes fondamentaux du patriarcat, à savoir:

  • Impunité de l’agresseur au nom du respect de la vie privée.
  • Compassion envers l’agresseur dont la vie privée a été « violée », crime apparemment plus grave que les viols réellement subis par les victimes
  • Mépris envers les victimes et négation des violences

Apparemment les victimes de cette affaire sont Dodo la Saumure, le proxénète ami des médias et fournisseur de « filles » pour DSK, Eiffage, entreprise qui aurait payé les soirées et les prostituées à son insu, et enfin DSK lui-même, selon Cambadélis.

Pas de mots, pas de compassion pour les victimes, qui ont pourtant eu le courage de dénoncer les violences subies ou observées, malgré le déni systématique et médiatique des soutiens de DSK.

L’interview de Cambadélis peut être visionnée sur le blog de l’intéressé (à partir de 05’52). Des propos cohérents depuis au moins juillet 2013, et révoltants quand on pense que l’homme est premier secrétaire du Parti Socialiste, vice-président du Parti Socialiste Européen, et député de Paris. Un homme politique à l’échelle parisienne, française et européenne, à défaut d’avoir la stature mondiale de son ex-mentor DSK.

Cambadélis a prouvé qu’on peut usurper ses diplômes universitaires, être condamné à plusieurs reprises pour emploi fictif et abus de confiance et, malgré tout, être élu et réélu. Faute de compétences ou de probité morale, les relations et l’entre-soi suffisent pour accéder au pouvoir, à condition d’être un homme.

Contrairement à ce qu’il affirme, Cambadélis ne défend pas un ami mais bien ses propres privilèges, ceux qui lui ont permis de se maintenir au pouvoir, malgré ses déboires. Les mêmes privilèges qui ont permis à DSK de bénéficier de ce réseau de proxénétisme. Il est vital pour Cambadélis de présenter ce système politique comme anecdotique et terminé : « Tout ça c’est derrière nous« , « je ne veux plus y revenir« , « c’est une affaire privée« .

Voilà pourquoi les victimes passent à la trappe. Non pas parce que Cambadélis a été naïvement dupé par son « ami », mais parce qu’il est lui-même un outil et un bénéficiaire de ce système.

Du coup les propos de Cambadélis ne nous étonnent pas vraiment (même si nous les avons vivement dénoncés sur Twitter, car ils sont extrêmement graves). En revanche la légèreté de Guillaume Durand, le journaliste qui « anime » (c’est beaucoup dire) l’interview, est impardonnable.

Guillaume Durand n’a pas mentionné une seule fois le mot « proxénétisme », chef d’accusation pour lequel DSK encourt pourtant de la prison ferme.

Comment a-t-il réussi ce tour de force ? Comment désigne-t-on le proxénétisme quand on ne veut pas froisser DSK et Cambadélis ? En 2011, les journalistes disaient « parties fines ». Aujourd’hui, l’omerta qui régnait dans la presse et dans l’entourage de DSK a fini par se briser. Alors on ne dit plus grand chose : Guillaume Durand parle de « sexualité particulière » au début, puis de « cette histoire-là » et enfin de « ça« , tout simplement, lorsqu’il pose ce qu’il présente comme « la question fondamentale » du procès :

« Question : est-ce que vous pensez que cette filière a été organisée, j’allais dire à votre détriment, à l’époque où vous jouiez avec Pierre Moscovici un rôle politique auprès de lui, et tous ceux d’ailleurs qui soutenaient la candidature de Dominique Strauss-Kahn, sciemment par Dominique Strauss-Kahn, pour au fond qu’il puisse à la fois avoir sa sexualité et en même temps échapper discrètement à ce qui s’était passé au Fonds Monétaire… »

« non mais c’est ça le cœur du procès parce que, pardonnez-moi, soit il est client, je ne veux pas vous interrompre d’une manière agressive, mais soit il est client, et effectivement bon il est client, soit c’est lui qui a organisé ça pour essayer de pratiquer la sexualité qu’il pratiquait au fond d’une manière clandestine par rapport à ses lieutenants politiques dont vous étiez l’un des ténors ? C’est quand même… »

Une question insipide et ennuyeuse, à laquelle Cambadélis ne répond pas, si ce n’est pour couper la parole à Durand, et nous épargner ainsi notre temps.

Une question cache-sexe surtout. Nous ne voulons pas savoir si Cambadélis savait ou non que DSK se fichait de lui.

Nous voulons que le procès ne soit pas maquillé en nouveau scandale de personnalités et de mœurs. Nous voulons que soient décryptés les rouages et les enjeux de ce système de corruption, de collusion et de confiscation du pouvoir qu’a mis au jour l’affaire du Carlton.

Des hommes politiques et des hauts fonctionnaires (de la police) sont accusés. Des entreprises sont impliquées, pour avoir financé (Eiffage), organisé (une agence événementielle) ou hébergé (l’hôtel Carlton) les voyages et les soirées de DSK. Comment en sont-ils arrivés là ?

Eiffage prétend avoir été victime d’un de ses directeurs de filiale, David Roquet, et avoir subi un préjudice financier de 50000 EUR de dépenses indues à partir de 2009. David Roquet a contesté cette version et raconte qu’organiser ce type d’événements faisait bien partie de ses fonctions, que la facturation était transparente.

Quel est le véritable préjudice subi par Eiffage : la perte de 50000 EUR, ou la perte d’un obligé à l’Elysée, lorsque DSK dut renoncer à la présidentielle ? D’autant plus que la somme est dérisoire comparée aux budgets des marchés publics : ainsi le seul chantier du Grand Stade de Lille Pierre-Mauroy a rapporté 440 millions d’euros à Eiffage, lors de l’attribution du contrat en février 2008… dans des conditions si douteuses qu’elles lui valent un autre procès à rebondissements.

Or Eiffage se targue d’avoir volontairement adhéré au Pacte Mondial en 2005, ce qui l’engage à respecter dix principes relatifs aux droits de l’homme, aux normes du travail, à l’environnement et à la corruption, notamment :

  • 4. Soutenir l’élimination de toutes les formes de travail forcé et obligatoire
  • 6. Éliminer la discrimination en matière d’emploi et d’exercice d’une profession
  • 10. Agir contre la corruption sous toutes ses formes.

Peu après l’adhésion, des dirigeants d’Eiffage ont pourtant contraint des femmes prostituées à satisfaire les exigences de DSK. En guise de développement durable, il s’agissait plutôt de créer un climat favorable aux affaires :

« Eiffage s’est affairé à dire qu’il s’agissait d’une pratique d’un responsable local, sans lien avec la société elle-même », remarque Grégoire Théry, du Mouvement du Nid, qui aide les prostituées. Mais pour lui, cette pratique est « culturelle ». « Il est largement admis dans les milieux d’affaires de conclure un contrat par une offre prostitutionnelle, notamment là où il y a des contrats entre public et privé, et des appels d’offres. »

Un obstacle de plus à l’égalité homme-femme en entreprise. « Quand on conclut l’affaire dans un bordel ou une chambre d’hôtel », « c’est une affaire de mecs », dit-il.

Dans cette culture, les hommes sont décisionnaires et bénéficiaires de privilèges indus. Les femmes sont accessoires, à la fois outils de manipulation et objets de convoitise.

Voilà peut-être la véritable signification de « la main invisible du marché » libéral. Elle n’est pas un mécanisme autorégulateur de l’offre et de la demande. Elle désigne l’ensemble des mécanismes discrétionnaires, et surtout discrets, qui influencent les décisionnaires, à l’insu des autres parties prenantes.

Et dans cette même interview, DSK passe toujours pour « un très bon analyste de la situation économique mondiale » sans faire sourciller le journaliste.

La main invisible n’est pas près de s’arrêter de manipuler nos affaires.

A lire :

Marche 2014 pour l’abolition de l’esclavage sexuel

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L’an dernier, les débats sur l’abolition du système prostitueur faisaient la une des médias, en raison de son volet sur la pénalisation des clients, destiné à responsabiliser les clients-prostitueurs. Sans ce volet, bien peu se seraient intéressés au sort des personnes prostituées, ou l’ayant été. 

La proposition de loi a été adoptée en décembre 2013 à l’Assemblée Nationale, à une large majorité (268 voix soit deux tiers des suffrages exprimés). Depuis, la proposition de loi a été soumise à une commission spéciale du Sénat, mais n’a même pas été examinée en séance au Sénat, faute de volonté politique : elle n’a pas été inscrite à l’ordre du jour par le Gouvernement ni par le Sénat.

A quelques semaines des élections sénatoriales (le 28 septembre) et de la rentrée parlementaire qui va suivre, Rosen Hicher, survivante de la prostitution et militante active de l’abolition, a décidé de rappeler au gouvernement sa promesse de faire voter la loi avant fin 2014. Elle entame donc dans deux jours une marche de 750 km environ, pour retourner sur les lieux où elle a été prostituée et sensibiliser à nouveau l’opinion publique.

Alors que les opposants à la pénalisation des clients mettent en avant le risque de précarisation des prostitué-e-s, Rosen tient à rappeler que le client est la première source de précarité et de violence à l’encontre des prostitué-e-s. En payant, le client-prostitueur n’achète pas un rapport sexuel, mais exerce un rapport de domination. Le client crée la demande. Sans l’acheteur, il n’y aurait pas de proxénète et de traite de femmes et enfants vulnérables.

Voici les propres mots de Rosen :

EN MARCHE POUR L’ABOLITION

« … laisser le droit aux clients de nous acheter, c’est laisser le droit aux proxos de nous vendre…. »

je partirai à travers la France le 3 septembre sac sur le dos et je marcherai pour l’abolition de l’esclavage sexuel dans le monde . Pourquoi ais-je choisi Saintes comme ville de départ , c’est mon dernier lieu de prostitution et pendant cette marche j’irai vers les lieux ou je me suis vendue.
Je veux combattre cette dernière violence faite et autorisée encore dans le monde.

JE DIS STOP A TOUS ACHATS DE CORPS .

Une carte interactive peut être consultée étape par étape ici.

Rosen Hicher

Nous sommes nombreux-ses à soutenir l’abolition du système prostitueur. Nous avons lu des témoignages, interpellé nos députés et nos sénateurs, débattu sur les réseaux sociaux, les médias et auprès de notre entourage. Voici une nouvelle action un peu différente à soutenir ou à rejoindre. Rosen va se réapproprier les lieux où elle a été exploitée, dans une démarche volontariste destinée à remobiliser nos dirigeants et l’opinion publique.

Pour en savoir plus sur sa démarche, lire cette interview de Rosen et cet article de Prostitution et Société.

Un événement à suivre sur le blog de la Marche pour l’abolition, sur Facebook et relayé sur d’autres blogs : A dire d’elles et Adelais & Jasmine.

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Ecoutons d’autres survivantes de la prostitution :

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Ressouces sur l’abolition du système prostitueur :

Masculinistes infiltrés : du balai !

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Les masculinistes sont ces hommes qui militent pour maintenir ou renforcer leurs privilèges patriarcaux, y compris le contrôle des femmes par le viol, la maternité, l’exploitation économique, les violences intrafamiliales, etc.

Je ne détaille pas plus car ce billet s’adresse à toutes les féministes déjà bien informées à leur sujet, pour un rappel de routine, ou presque : il nous est nécessaire, et même vital, de garder une distance critique vis à vis des hommes qui se disent féministes ou pro-féministes. Peu importe le choix des mots, ce qui compte c’est la motivation et l’expression de l’engagement féministe d’un militant : est-il à la fois sincère, désintéressé et discret ?

Trop souvent, le féminisme est instrumentalisé par des groupes réactionnaires, en politique par exemple. Les hommes se servent aussi individuellement du féminisme, pour régler des problèmes existentiels ou en retirer des satisfactions personnelles, qu’elles soient pragmatiques (recherche de profit ou de notoriété) ou perverses (posture narcissique et séductrice, haine des femmes, tentative de maintenir le contrôle sur une ex-conjointe).

Ces groupes ou ces individus font coup double en instrumentalisant le féminisme. Ils tirent profit de la formidable énergie révolutionnaire des militantes, tout en canalisant cette énergie, ce qui annihile son potentiel révolutionnaire.

Après tout, l’exploitation des femmes sous toutes les formes imaginables est un fondement du système patriarcal. Il suffit d’appliquer les bonnes vieilles méthodes du patriarcat au mouvement féministe, pour le retourner contre les femmes.

Voici un exemple très précis d’instrumentalisation masculiniste de militantes féministes, dans lequel je me suis retrouvée embarquée à mon insu ces derniers jours. Et vous aussi peut-être.

Appelons-le Bernard. Je l’ai déjà bloqué il y a quelques mois, informée de ses agissements haineux envers certaines féministes en privé, et je ne pensais plus avoir affaire à lui. Mais il a trouvé un moyen de contourner le blocage sur Facebook en créant un groupe.

Depuis une semaine, une féministe m’a ajoutée à un groupe Facebook intitulé « Révolution par les femmes », d’inspiration soi-disant anarchiste. L’intitulé du groupe laissait entendre qu’il a été fondé par une ou plusieurs femmes. Première manipulation.

Car hier soir j’ai réalisé que ce groupe a été créé par Bernard il y a deux semaines. Il m’a suffit de le débloquer pour avoir confirmation de mes doutes, et pour réaliser l’ampleur de ses manipulations.

Il a donc franchi une nouvelle étape dans son projet obsessionnel d’infiltrer le mouvement féministe. Cette fois-ci il veut en être un leader influent.

Il a d’ailleurs recruté des femmes pour administrer le groupe avec lui : elles lui servent de caution féministe, tout en fournissant le contenu des publications – il ne semble pas capable de produire seul un contenu féministe consistant. C’est de l’exploitation patriarcale, à nouveau.

Si vous faites partie d’un groupe de discussion féministe animé par un homme, pensez à relire d’un œil critique ses interventions (publications, commentaires, comportement). Ici on y décèle de nombreuses signes de masculinisme, par exemple :

      • A côté de publications pseudo-féministes sans intérêt, il publie des posts ambigus ou explicitement sexistes (avec des insultes misogynes comme « mothafucka »).

Grillé !

typique de la « littérature » antiféministe – rien de révolutionnaire

C'est gentil de nous prévenir

Effectivement.

    • Il ramène trop souvent le débat à lui ou aux « problèmes » des hommes au sein du féminisme. Il éjecte les masculinistes qui rivalisent avec lui, et invite les autres hommes (pas forcément masculinistes) à avoir une attitude humble, à l’opposé de ses interventions autoritaires.

Male Tears - Sad Mansplainer

  • Il a éjecté une féministe sous prétexte de « trollage », parce qu’elle venait de débusquer son masculinisme. Réciproquement, il distribue des bons points à celles qui soutiennent son avis.
  • Il a envoyé balader une autre qui exprimait une inquiétude légitime vis à vis du caractère public du groupe. Une femme a besoin de garanties de confidentialité lorsqu’elle exprime ses motivations féministes.
  • D’ailleurs lui-même s’autorise à communiquer en privé. Il invite les membres à discuter en privé avec lui. Ses réelles motivations militantes sont inavouables en public.

discours privé discours public

Pourquoi un double standard femmes / hommes (ou femmes / masculinistes), vis à vis de la possibilité de s’exprimer en privé ? Pourquoi Bernard tient-il un double discours public/privé ?

JE NE VEUX PAS LE SAVOIR. Je n’écoute pas les justifications des manipulateurs animés par la haine des femmes.

Ses intentions sont claires de toute façon : Bernard nous encourage à constituer une « force de frappe« , à « lever une armée » ; il nous exhorte à recruter pas moins de 5000 membres (bonjour la mégalomanie) et se félicite régulièrement des résultats de sa politique de recrutement (ou plus probablement de son spamming).

megalomanie

Le tout accompagné de photos glaçantes d’armes à feu, parfois brandies par un enfant ou une jeune femme sexy. Le message de violence est clair, avec l’inversion de culpabilité classique des masculinistes, qui présente les victimes du patriarcat (femmes et enfants) comme agresseurs.

Chez Bernard, nous ne sommes pas dans une rhétorique révolutionnaire, mais para-militaire. Il s’agit de planifier (ou au moins fantasmer) des actes violemment féminicides.

D’ailleurs Bernard ne cache pas qu’il veut s’attaquer à certaines femmes identifiées comme ennemies de la lutte (quelle lutte ?). Je n’ose imaginer ce qu’il envisage de leur faire subir. Il ne s’agit pas de révolution féministe mais plus vraisemblablement de punition, de revanche, de backlash misogyne qu’il veut diriger contre certaines d’entre nous.

Diviser les femmes pour mieux régner sur elles.

Le comble de la perversité étant de déléguer à quelques femmes le soin de détruire d’autres femmes.

Bernard est-il dangereux ? Ce groupe fort de 2200 membres ne reflète pas sa « force de frappe » réelle, car la plupart des membres ont été ajoutés sans leur avis ; ils ne participeront pas au groupe.

En revanche cet effectif en dit long sur sa volonté de nuire, sur son potentiel destructeur.

Bernard est dangereux. Soyons vigilantes.

Quant à moi, je faisais partie de cette « armée » sans même le savoir, puisque je n’avais accès à aucune des interventions malsaines et nombreuses de Bernard, jusqu’à ce que je le débloque.

Maintenant il ne me reste plus qu’à faire le ménage dans mes contacts et à quitter ce groupe, non sans vous avoir prévenu-e-s. J’opte pour une arme moins violente et nettement plus révolutionnaire que les armes à feu : Bernard, du balai ! Ne reviens plus frapper à ma porte.

A. Rackham, The Witches' Sabbath

Conspiration de féministes révolutionnaires ?

Merci à Katrina Sharp pour sa sélection de sorcières dans l’art !

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